Faut-il aller courir à Bahreïn ?

10 04 2012

Le weekend du 20 au 22 Avril 2012 doit avoir lieu le GP de Bahreïn, quatrième manche du championnat du monde de F1. Mais des troubles, de plus en plus violents, se déroulent dans la petite monarchie du golfe Persique. On se souvient que le GP de Bahreïn, qui devait être la manche inaugurale de la saison 2011, fut au dernier moment annulé en raison du Printemps Arabe qui y apportait, là aussi, son lot d’espérances. 

Or un an après les faits, la situation ne s’est pas améliorée, loin s’en faut et, à l’orée de la course, la majorité chiite, c’est-à-dire la frange de la population qui manifeste contre le gouvernement en place, reprend les manifestations dans l’optique d’utiliser l’événement sportif comme d’une tribune afin de faire valoir ses revendications. A contrario, le régime en place désire utiliser le GP pour démontrer que le pays est uni et progresse dans la voie de la démocratie. A dix jours de la course, la F1 se retrouve confrontée à un dilemme qui semble la dépasser…

La situation

7 policiers blessés, dont 3 grièvement, c’est le bilan morbide du dernier attentat en date occasionné par une bombe artisanale  sur le sol bahreïni. Mais nous parlons ici des forces de l’ordre. Quand est-il de la population qui manifeste depuis le 14 Février 2011, date des premiers mouvements de sédition ? Selon les estimations, entre 20 et 80 morts au bas mot, ainsi que 23 opposants politiques emprisonnés et selon certaines sources torturés dans les geôles du royaume.

Abdulhadi AL-Khawaja, leader de l'opposition et emprisonné depuis près d'un an.

En ce moment même, les mouvements de protestation reprennent leur cours, causant de terribles affrontements au gaz lacrymogène et aux cocktails Molotov.
Le circuit se situant au beau milieu d’un secteur où sont situés de nombreux villages chiites, il y a fort à parier que la F1 sera prise à partie par les manifestants lors de sa venue. D’autant plus que le Collectif du 14 Février, coordonnant l’ensemble des manifestations, a d’ores et déjà planifier une série de mouvements le weekend du 20-22 Avril, soit pile au moment du GP. Il va de soi qu’il ne s’agit pas là d’une coïncidence…
De plus, les agitations reprennent de plus belle depuis que la santé du fondateur du centre des Droits de la Personne de Bahreïn, Abdulhadi Al-Khawaja, condamné en Juin 2011 à la prison à perpétuité, s’est dégradée en raison d’une grève de la faim qui dure maintenant depuis plus de deux mois.

Les équipes doivent prendre leurs responsabilités

Tout récemment, l’un des directeurs d’écurie a fait part, sous couvert de l’anonymat, des doutes provenant des teams sur la faisabilité d’un GP à Bahreïn. ‘Je suis très mal à l’aise à l’idée d’aller courir à Bahreïn. Je pense que c’est mauvais pour l’image de la F1 et du royaume. En fait, nous souhaitons tous que l’événement soit au moins reporté, sinon annulé’, a déclaré le patron d’écurie. Ces dires sont corroborés par la Gazetta dello Sport, qui explique que 10 équipes sur 12 souhaitent que l’événement soit annulé.
L’argentier de la F1, Bernie Ecclestone lui-même, qui a longtemps défendu la manche bahreïnie contre vents et marées, arguant que l’organisation d’un tel événement serait le meilleur moyen de souder les habitants du pays entre eux, semble à présent entreprendre un rétropédalage devant l’imminence de l’événement. ‘Si les teams ne veulent pas y aller, personne ne peut les y forcer’ a t-il confié dernièrement.. Cependant, le régime ainsi que le directeur du circuit, Zayed Al Zayani, exigent la tenue du GP sur l’autel de l’unification nationale. ‘UniF1ed’, tel est le slogan de propagande plaqué sur les affiches de l’événement. Un beau slogan hypocrite quand on sait que les principaux intérêts que détient le royaume dans l’organisation du GP sont pécuniaires.

L'affiche officielle du GP de Bahreïn.

En attendant, les équipes ont fait montre de leur indécision, en renouvelant leur confiance envers la FIA, la FOM (Formula One Management) et l’organisateur du GP dans le cadre d’une prochaine prise de position. Cette zone d’ombre est d’autant plus criante que les teams ont d’ores et déjà réservé deux billets différents pour leurs déplacements post-GP de Chine : un billet pour Bahreïn, si la situation venait à évoluer favorablement, et un billet pour leur base respective en Europe dans l’idée de préparer directement le GP d’Espagne, qui se tiendra du 11 au 13 Mai, si aucune sortie de crise ne pouvait être envisagée.
Bernie Ecclestone et le président de la FIA Jean Todt assistant tout deux au GP de Chine ce weekend, nul doute qu’une décision claire et définitive sera prise à ce moment là sur l’avenir du GP de Bahreïn.

Pourquoi la F1 ne doit pas courir à Bahreïn

De manière très claire, le sport n’a pas à interférer avec la politique des pays, quel qu’ils soient. C’est pour cette raison que si la F1 ne doit pas s’exhiber à Bahreïn, c’est davantage pour une question de sécurité et d’humilité devant la gravité de la situation. Par décence sans doute aussi. Ce qui est sûr, c’est que la présence de la F1 à Sakhir dans dix jours, représenterait nolens volens une prise de position en faveur de l’une des deux parties en conflit.
C’est bien ce qu’expliquait le champion du monde 1996 Damon Hill tout récemment : ‘Si, pour assurer la tenue du GP, le gouvernement en place devait faire usage de la force ou mobiliser l’armée, alors le ressentiment général serait qu’une des deux parties a été favorisée. La réputation de la F1 serait ternie et celle-ci donnerait l’impression qu’un choix politique a été fait. Or la politique n’est pas la vocation de la F1’.
Et c’est aussi selon ce son de cloche que s’exprimait Nabeel Rajab, président du Centre des Droits de l’Homme de Bahreïn, cette semaine sur les ondes de la BBC : ‘On entend parfois qu’il ne faut pas confondre et mélanger politique et sport. C’est peut-être vrai dans un pays démocratique, mais c’est totalement faux dans un pays où un régime autoritaire concentre tous les pouvoirs’.

Une photo des dernières agitations à Bahreïn. Chacun se fera une idée sur la nécessité d'organiser un GP actuellement.

Par ailleurs, si on aborde le problème selon un point de vue plus prosaïque, on peut aussi mentionner que les équipes et leurs personnels ne seront pas en sécurité une fois sur place. Qui plus est, le circuit en lui-même est dénué d’intérêt, à l’image du manque total d’intérêt porté par les spectateurs pour l’événement. En effet, la course n’a jamais fait recette, et cette année, les manifestants pourraient utiliser la médiatisation du GP pour envahir le circuit et provoquer de graves débordements afin de faire valoir leur cause, aussi juste soit-elle.
La meilleure option serait de ne pas courir à Bahreïn tant que la situation ne soit pas rétablie, voire mieux, qu’une véritable démocratie ne soit mise en place. Il faudra peut-être attendre plusieurs années, mais le jeu en vaut la chandelle et évitera dans le doute à la discipline d’être manipulée par quelque bord que ce soit.

En tout état de cause, si la FIA venait à annuler pour la seconde édition consécutive la manche bahreïni, tous les regards seraient alors tournés vers le WEC (World Endurance Championship), qui a lui aussi intégré le circuit dans son calendrier, à la date du 29 Septembre.


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One response

15 04 2012
Mercedes résout le casse-tête chinois ! – Course – GP de Chine « Radio Paddock

[…] pour faire suite à notre article traitant du GP de Bahreïn, ce dernier a été officialisé ce weekend par la FIA, qui n’a pas souhaité […]

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