Chronique Bruno Senna

21 10 2012

Dans cette nouvelle chronique, Bruno Senna évoque le véritable train de vie de ministre auquel les pilotes de F1 sont confrontés en cette période de l’année, et sur la façon la plus adaptée pour gérer la fatigue qui en résulte. Bruno nous dresse aussi un portrait des pérégrinations et des péripéties qu’il s’attend à vivre lors de ces GP lointains, notamment avec Karun Chandhok à l’occasion de la seconde édition du GP d’Inde. Pour finir, le pilote Williams rend un hommage émouvant au Professeur Sid Watkins, décédé mi-Septembre.

Bruno Senna sur…son agenda très chargé

A l’heure où ces lignes sont écrites, je suis en train de rejoindre Monaco, à quelques 10 000m d’altitude, et à une vitesse de 850km/h, après avoir réalisé quelques sessions de simulateurs au QG Williams à Grove. Nous sommes à présent à mi-saison, période où le Formula One Circus passe le plus clair de son temps dans un avion. Avec 3 courses d’affilées en Asie, une au Moyen-Orient, et une en Amérique, j’ai calculé que je vais devoir passer 80 heures les fesses dans un avion et parcourir environ 67 000km lors des huit prochaines semaines !
C’est une période d’effervescence pour tout le monde en F1, et j’utilise de petites astuces pour pallier à ce train de vie démentiel – sans compter les périodes d’adaptation aux différents décalages horaires. Tout d’abord, c’est important de ne pas être stressé. On est constamment sous pression dans le boulot, pas la peine donc d’en rajouter quand on voyage : je fais donc toujours en sorte d’arriver à l’aéroport en avance afin de souffler un peu. Généralement, on se déplace la nuit, on peut donc se reposer à souhait durant le vol. Mais en même temps, on devrait bouger davantage car les muscles ont tendance à se ramollir si on reste trop longtemps immobile.

Les personnels F1 passent la plupart de leur temps dans un avion en cette fin de saison.

J’ai aussi ma propre collection de films que j’emporte avec moi. Je les copie du Blu-Ray de mon ordi pour les regarder ensuite sur mon téléphone. Lors de mes derniers vols j’ai regardé Hancock, Iron Man et American Pie : Reunion. C’est toujours mieux d’avoir ses films à soi pour ne pas s’envoyer les films de l’avion.
A l’atterrissage, je ne suis jamais totalement reposé, mais j’essaie de rester éveillé le jour, et je fais en sorte d’aller faire de la gym et un peu d’entrainement pour avoir un bon sommeil la première nuit. C’est vraiment important de s’adapter au décalage horaire le plus vite possible, et pour ne pas trop en souffrir, je mange à l’horaire local, mais peu, afin de faciliter la digestion.

Sur…ses tribulations lors des derniers GP

Je suis très curieux dès lors qu’il s’agit de gouter aux spécialités locales. Une fois sur le circuit, je ne mange que du poisson, des légumes et des pommes de terre – des choses faciles à digérer – avant de grimper dans la voiture. Mais quand je serai en Inde, je prendrai certainement un plat typique avec mon ex-coéquipier Karun Chandhok à New Delhi – on fera ça après la course histoire de ne pas se retrouver avec un mal de ventre juste avant le GP !

On espère que Bruno et Karun ne vivront pas d’embardées similaires lors des prochains GP.

Cette partie de l’année est un réel test d’endurance, mais nous visitons de beaux circuits et, en fonction de l’équilibre et de la performance de la voiture, je suis persuadé qu’on engrangera une bonne poignée de points. J’espère aussi ne pas me retrouver dans la même situation que l’année dernière à Singapour. Après seulement 15 tours, un joint céda et coupa des fils électriques à l’arrière de la monocoque. Par conséquent, mes reins étaient exposés  à l’air qui sortait des radiateurs, à environ 130°C. Ce flux d’air chaud ne faisait que rajouter à la fournaise de Singapour, et affecta mon tube d’alimentation, envoyant de l’eau bouillante dans ma bouche ! Une expérience pas très agréable – et en plus de ça on était dans les points lorsque la voiture cassa.
C’est une année jusqu’ici difficile, où des petites causes peuvent produire de grands effets, mais l’équipe a été d’un excellent soutien. C’est la première fois de ma carrière que je reçois un tel appui et c’est très important à mes yeux.

Sur…Sid Watkins

Le Professeur Sid Watkins.

Avant de terminer, je souhaite rendre hommage au grand Professeur Sid Watkins, décédé en Septembre. Je n’avais croisé celui-ci qu’à de rares occasions, mais bien sûr ma famille l’adorait et Ayrton entretenait une excellente relation avec lui. Il laisse derrière lui un formidable héritage dans l’amélioration de la sécurité – et il était aussi un gars apprécié par tous dans le paddock. C’est bien qu’Ayrton et lui aient été si proche ; c’est vraiment difficile de tisser des liens solides en F1, mais leur amitié était sincère, pas juste en raison du sport, mais aussi parce qu’ils se retrouvaient dans le caractère l’un de l’autre. C’est triste de le voir partir, mais il a eu une longue et belle vie, et c’est ce dont on se souviendra de lui.

F1 Racing n° 165, Novembre 2012








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