Chronique Bruno Senna

21 10 2012

Dans cette nouvelle chronique, Bruno Senna évoque le véritable train de vie de ministre auquel les pilotes de F1 sont confrontés en cette période de l’année, et sur la façon la plus adaptée pour gérer la fatigue qui en résulte. Bruno nous dresse aussi un portrait des pérégrinations et des péripéties qu’il s’attend à vivre lors de ces GP lointains, notamment avec Karun Chandhok à l’occasion de la seconde édition du GP d’Inde. Pour finir, le pilote Williams rend un hommage émouvant au Professeur Sid Watkins, décédé mi-Septembre.

Bruno Senna sur…son agenda très chargé

A l’heure où ces lignes sont écrites, je suis en train de rejoindre Monaco, à quelques 10 000m d’altitude, et à une vitesse de 850km/h, après avoir réalisé quelques sessions de simulateurs au QG Williams à Grove. Nous sommes à présent à mi-saison, période où le Formula One Circus passe le plus clair de son temps dans un avion. Avec 3 courses d’affilées en Asie, une au Moyen-Orient, et une en Amérique, j’ai calculé que je vais devoir passer 80 heures les fesses dans un avion et parcourir environ 67 000km lors des huit prochaines semaines !
C’est une période d’effervescence pour tout le monde en F1, et j’utilise de petites astuces pour pallier à ce train de vie démentiel – sans compter les périodes d’adaptation aux différents décalages horaires. Tout d’abord, c’est important de ne pas être stressé. On est constamment sous pression dans le boulot, pas la peine donc d’en rajouter quand on voyage : je fais donc toujours en sorte d’arriver à l’aéroport en avance afin de souffler un peu. Généralement, on se déplace la nuit, on peut donc se reposer à souhait durant le vol. Mais en même temps, on devrait bouger davantage car les muscles ont tendance à se ramollir si on reste trop longtemps immobile.

Les personnels F1 passent la plupart de leur temps dans un avion en cette fin de saison.

J’ai aussi ma propre collection de films que j’emporte avec moi. Je les copie du Blu-Ray de mon ordi pour les regarder ensuite sur mon téléphone. Lors de mes derniers vols j’ai regardé Hancock, Iron Man et American Pie : Reunion. C’est toujours mieux d’avoir ses films à soi pour ne pas s’envoyer les films de l’avion.
A l’atterrissage, je ne suis jamais totalement reposé, mais j’essaie de rester éveillé le jour, et je fais en sorte d’aller faire de la gym et un peu d’entrainement pour avoir un bon sommeil la première nuit. C’est vraiment important de s’adapter au décalage horaire le plus vite possible, et pour ne pas trop en souffrir, je mange à l’horaire local, mais peu, afin de faciliter la digestion.

Sur…ses tribulations lors des derniers GP

Je suis très curieux dès lors qu’il s’agit de gouter aux spécialités locales. Une fois sur le circuit, je ne mange que du poisson, des légumes et des pommes de terre – des choses faciles à digérer – avant de grimper dans la voiture. Mais quand je serai en Inde, je prendrai certainement un plat typique avec mon ex-coéquipier Karun Chandhok à New Delhi – on fera ça après la course histoire de ne pas se retrouver avec un mal de ventre juste avant le GP !

On espère que Bruno et Karun ne vivront pas d’embardées similaires lors des prochains GP.

Cette partie de l’année est un réel test d’endurance, mais nous visitons de beaux circuits et, en fonction de l’équilibre et de la performance de la voiture, je suis persuadé qu’on engrangera une bonne poignée de points. J’espère aussi ne pas me retrouver dans la même situation que l’année dernière à Singapour. Après seulement 15 tours, un joint céda et coupa des fils électriques à l’arrière de la monocoque. Par conséquent, mes reins étaient exposés  à l’air qui sortait des radiateurs, à environ 130°C. Ce flux d’air chaud ne faisait que rajouter à la fournaise de Singapour, et affecta mon tube d’alimentation, envoyant de l’eau bouillante dans ma bouche ! Une expérience pas très agréable – et en plus de ça on était dans les points lorsque la voiture cassa.
C’est une année jusqu’ici difficile, où des petites causes peuvent produire de grands effets, mais l’équipe a été d’un excellent soutien. C’est la première fois de ma carrière que je reçois un tel appui et c’est très important à mes yeux.

Sur…Sid Watkins

Le Professeur Sid Watkins.

Avant de terminer, je souhaite rendre hommage au grand Professeur Sid Watkins, décédé en Septembre. Je n’avais croisé celui-ci qu’à de rares occasions, mais bien sûr ma famille l’adorait et Ayrton entretenait une excellente relation avec lui. Il laisse derrière lui un formidable héritage dans l’amélioration de la sécurité – et il était aussi un gars apprécié par tous dans le paddock. C’est bien qu’Ayrton et lui aient été si proche ; c’est vraiment difficile de tisser des liens solides en F1, mais leur amitié était sincère, pas juste en raison du sport, mais aussi parce qu’ils se retrouvaient dans le caractère l’un de l’autre. C’est triste de le voir partir, mais il a eu une longue et belle vie, et c’est ce dont on se souviendra de lui.

F1 Racing n° 165, Novembre 2012





Chronique Bruno Senna

30 09 2012

Dans cette chronique, Bruno Senna revient sur son début de saison avec Williams, sur ses relations et son futur avec l’équipe. Bruno évoque aussi ici les cours de conduite (!) qu’il suit avec assiduité, mais aussi le trophée Lorenzo Bandini, dont il vient d’être récemment lauréat, ainsi que sur l’héritage laissé par le célèbre pilote italien.

Bruno Senna sur…le déroulement de sa saison avec Williams

Cette année est vraiment dure pour moi. La courbe d’apprentissage est assez abrupte pour s’adapter aux pneus, et j’ai parfois galéré, surtout en qualif’. Ce fut difficile de réunir tous les bons ingrédients, mais à mesure que je gagne de l’expérience, je me sens de mieux en mieux à chaque course. Les quelques jours que j’ai passés en Italie plus tôt cette année m’ont rappelé à quel point j’étais un privilégié.

Sur…le trophée Lorenzo Bandini

J’ai été invité à Brisighella où j’étais nominé pour le Trophée Lorenzo Bandini, un prix attribué tous les ans à un jeune loup du sport auto. Les trois précédents lauréats étaient Nico Rosberg, Lewis Hamilton, et Sebastian Vettel, ce fut donc un véritable honneur d’y être présenté. Ce dont manque ma carrière jusqu’ici, ce sont les trophées, mais cette distinction témoigne de la foi que les gens ont en mon potentiel, et ça m’a réellement stimulé pour la seconde partie de la saison.

Lorenzo Bandini à bord de la Ferrari 312, lors du GP de France 1966, à Reims.

Lorenzo Bandini était adorable et un bon gars, et même si on voit des gens disparaitre dans notre sport, c’est bon de voir leur état d’esprit perdurer. Il est mort tragiquement lors d’un crash au GP de Monaco 1967, alors qu’il n’avait que 31 ans, mais sa sœur Gabriella assure la transmission de son héritage. J’ai eu le privilège de la rencontrer et elle s’est dite fière de me présenter à ce prix, étant une fervente admiratrice d’Ayrton.
Lorenzo pilotait des sportives telles des Ferrari, mais aussi des F1 la plupart des weekends de l’année, et il résumait à lui seul le style de vie italien. J’ai réalisé que j’étais une personne extrêmement privilégiée, car très peu de personnes ont la chance de faire ce qu’elles aiment dans la vie. Je vis un rêve éveillé, mais je veux atteindre les sommets dans la discipline, et je donne tout ce que j’ai pour y parvenir. Je vis la vie que j’ai toujours voulue : piloter une F1 et me mesurer aux meilleurs pilotes du monde. Et si je peux les battre, ce serait la cerise sur le gâteau.

Sur…sa vie au quotidien avec l’équipe Williams

Williams est une équipe très différente de toutes celles pour lesquelles j’ai eu l’occasion de piloter. Elle m’a donné la chance d’apprendre à l’abri de la pression – et ce genre d’environnement est difficile à trouver en F1. C’est une grande famille et tout le monde a le plus grand respect pour Frank. C’est le personnage central de l’écurie et une fois que vous avez fait sa connaissance, vous comprenez pourquoi. Vous pourriez penser qu’à cet âge il  profite de la vie et prend du bon temps, mais non : quand je discute avec lui, il souhaite toujours savoir comment se comporte la voiture et si on a des idées pour la rendre plus rapide.

Sur…son futur avec l’équipe

Cette année il n’y a pas d’alternative à l’expérience, mais si vous apprenez vite, vous ne pouvez que vous améliorer. Par le passé, j’ai peut-être trop favorisé la course au détriment des qualif’, mais je comprends maintenant l’importance de celles-ci. Malheureusement, j’ai dû céder cette saison le tiers de mes vendredi matin à notre 3e pilote, Valtteri Bottas. Normalement ce ne devrait pas être un problème, mais le roulage perdu est un handicap. Nous avons certes accès aux données de Valtteri, mais ça ne remplace pas le temps passé sur la piste.

Bien entouré. Malgré les diverses rumeurs d’un éventuel remplacement, Senna se sent de mieux en mieux chez Williams.

Sur…les cours de conduite de Mr. Wilson

J’ai aussi passé du temps auprès de l’instructeur légendaire Rob Wilson à Bruntingthorpe, près de Leicester, et ça m’a aidé à appréhender certaines bases de la conduite. Il ne s’agit pas d’apprendre à piloter, mais plus de comprendre les interactions entre le pneu et la piste. Mes ingénieurs s’y sont prêtés aussi et nous avons piloté toute une série de voitures de tourisme – tractions et propulsions – et le fait de faire attention aux moindres détails est une expérience inestimable. Rob est un peu une icône et il m’a beaucoup apporté.

F1 Racing n°164, Octobre 2012





Arrête de faire le Jacques ! Paroles de vieux briscards – GP de Singapour :)

24 09 2012

Ils sont la terreur des cabines de commentateurs. La crème de la crème du journalisme sportif. Le monde entier nous les envie (ou pas). Ils répandent la bonne parole du pinacle du sport auto. Modèles d’impartialité, d’analyse, et de finesse, les commentateurs de TF1 sévissent toutes les après-midi dominicales des GP de F1, et ce, pour notre plus grand plaisir. Morceaux choisis.

Pré-course

Christophe Malbranque :Alors Jacques Laffite, que doit faire Romain Grosjean pour effectuer un retour convaincant ?

Jacques Laffite :Romain Grosjean ? Bon…ben… il doit déjà terminer le 1er tour…

Radio Paddock : Mine de rien, notre pilote franco-suisse Romain Grosjean revenait ni plus ni moins d’une course de suspension, après avoir été impliqué dans huit accrochages lors des douze premiers départs de la saison. Perspicace, notre cher Jacques sur ce coup là !

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Jean-Louis Moncet :Nous sommes ici dans le sanctuaire…nous sommes dans le garage Ferrari‘.

Radio Paddock : Aaaah, la fameuse neutralité journalistique !

Mise en pré-grille

Christophe Malbranque :Katy Perry est là…Katy Perry…la chanteuse bien sûr…

Radio Paddock : Bon elle s’est enfin ramenée on va pouvoir lancer le départ, ouf ! Sinon, vous en connaissez une autre de Katy Perry ?

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Christophe Malbranque :Ce que les spectateurs ne savent pas, c’est que notre cabine de commentateurs est située à 1.50m de la voiture de Bruno Senna‘.

Radio Paddock : Christophe, t’en profiteras pour lui demander s’il a fait exprès de prendre cinq places de pénalité juste pour être plus proche de votre trio infernal au départ. 1.50m, et pourquoi pas sur la piste, dans un échappatoire t’en qu’on y est ?

Course

9e tour, Christophe Malbranque :Vettel a coupé le pif-paf‘.

Radio Paddock : Les journalistes F1 du paf ont décidément du pif (ne souriez pas elle n’est pas drôle celle-là).

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13e tour, Jean-Louis Moncet :Tous les mécaniciens de McLaren, qui ont effectué l’arrêt aux stands le plus rapide du monde, ont reçu comme cadeau une montre de la part de Tag Heuer‘.

Radio Paddock : Wouaaah ça vaut plus le coup que de jouer à Top-Position !!!

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30e tour, Christophe Malbranque :Il y a une distinction entre pneus supersoft et soft. Les premiers sont des pneus tendres, les seconds des pneus durs. Mais en fait, même les durs peuvent être considérés comme des tendres techniquement parlant. Il y en a juste un qui est super tendre, et l’autre juste tendre. On appelle aussi ces derniers les « primes », et les premiers cités les « options »… Vous n’avez rien compris ? C’est normal !

Radio Paddock : Merci Christophe pour cette analyse technique.

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38e tour, Christophe Malbranque :Vous croyez que la voiture de sécurité sera exposée au Mondial de l’automobile cette année ?

Radio Paddock : Oui, bien sûr, à côté de la 2CV.

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41e tour, Jean-Louis Moncet :Les freins de la Mercedes de Schumacher étaient hors températures, suite à la sortie prolongée de la Safety Car…euh…mais…Jacques ne me regardez pas méchamment comme ça enfin !

Jacques Laffite :Et ses freins il est pas capable de les maintenir en températures !!!

Radio Paddock : Maintenant, on le sait, Jacques Laffite fait régner la terreur en coulisse…





Hamilton détonne en Italie ! – Course – GP d’Italie

10 09 2012

Hamilton a remporté le GP d’Italie, dernière manche européenne du championnat, à Monza ce dimanche, et se replace idéalement dans la course pour le titre. Son coéquipier Jenson Button a du abandonné à 19 tours du but alors que Sergio Pérez a su préserver ses enveloppes pour finir 2e, juste devant Fernando Alonso auteur d’une remarquable remontée. Red Bull a vécu quant à elle une course sans, et doit constater son premier résultat vierge de la saison. Le résumé de la course.

Le début de course : Felipe Massa intercalé entre Hamilton et Button

Le départ se faisait sans encombre et on n’observait pas de court-circuit au niveau des deux premières chicanes. Massa prenait le meilleur sur Button, qui partait du côté sale de la piste, et tentait même l’extérieur sur Hamilton au premier tournant mais sans succès. Derrière, Alonso commençait déjà à refaire son retard en gagnant trois places lors du premier tour, à l’inverse de Nico Rosberg qui dégringolait en 10e position et de Mark Webber qui chutait à la 13e place.
A l’avant du peloton, Sebastian Vettel imprimait d’emblée un rythme effréné pour passer Michael Schumacher dès le 4e passage. Alonso lui emboitait le pas en se défaisant du septuple champion du monde trois boucles plus tard.
En tête de course, on constatait un statu quo avec Hamilton passant la ligne de chronométrage avec 2.6s d’avance sur Massa au 8e tour, ce dernier devançant Button.
Derrière, on assista à un remake de la faute de Romain Grosjean en Belgique, lorsque Paul di Resta se rabattit sur Bruno Senna à l’abord de la Variante della Roggia. Cependant, les torts étaient partagés dans cette affaire, di Resta n’ayant certes pas suffisamment prêté attention à ses rétroviseurs et Senna tentant un freinage tardif par l’extérieur assez optimiste alors que le virage était pour l’Écossais. Avertissement sans frais avec un beau tout droit du pilote Williams à la chicane, suivi d’un retour en piste dangereux en coupant la trajectoire d’un Webber arrivant pleine bourre derrière lui…
Plus loin dans la hiérarchie, Jean-Éric Vergne sortait spectaculairement de la piste au 10e tour, victime d’une rupture de suspension au premier gauche-droite. La Toro Rosso du Français, devenue incontrôlable à une vitesse de 300km/h, se retrouva en perdition et en travers à l’entrée de la chicane et percuta violemment le vibreur intérieur, décollant littéralement pour finir sa course quelques mètres plus loin. Là encore, le natif de Pontoise s’en tire simplement avec quelques douleurs au dos suite à l’impact vertical subi à l’atterrissage.
A l’approche des premiers arrêts, Hamilton poursuivait sa course en solitaire, suivi de Massa qui bouchonnait Button.

Red Bull donne des ailes ! Jean-Éric Vergne s’est fait peur suite à cette terrible sortie de piste.

Les premiers pitstops

Rosberg était le premier à passer par la case stand au 15e tour, alors que devant le classement semblait bien établi, avec Hamilton profitant de l’aubaine Massa, suivi de Button, Vettel 4e et Alonso déjà 5e. Le « bouchon Massa« , dont la perte des données télémétriques laissa le garage Ferrari dans l’expectative, finissait finalement par sauter au 19e tour, et fut le signal clair que les pneus medium commençait à se détériorer. La plupart des leaders semblait se diriger vers une stratégie à un seul arrêt, troquant ainsi leurs pneus medium contre des durs.

Trouble fait…de voir Massa jouer les troubles-fêtes. Le Brésilien s’est rappeler aux souvenirs de tous à Monza.

Pastor Maldonado faisait tomber les meilleurs tours les uns après les autres suite à son changement de pneus, bénéficiant d’une piste libre devant lui. Vettel passait Alonso dans les stands au tour 21 et enclenchait une remontée sur Massa 3e. Le leader Hamilton rentrait bien aux stands au 24e tour, mais ce sont les deux leaders du championnat qui taillaient la route pour refaire une partie de leur retard, passant successivement Daniel Ricciardo puis Senna. Alonso opéra ensuite une manœuvre très osée, tentant de faire l’extérieur à Vettel pour le gain de la 5e place dans la grande courbe rapide précédant la Variante della Roggia. Vettel le serra sans ménagement, forçant le pilote espagnol à mettre les quatre roues dans l’herbe et a joué d’habilité pour conserver la maitrise de son pur-sang. Cette action dangereuse de la part du double champion du monde en titre ne resta pas longtemps impunie, Vettel subissant une double peine en se faisant déposer par Alonso au 29e tour et en écopant d’une pénalité drive through trois boucles plus tard.
On peut remarquer ici un certain parti pris en faveur de la Scuderia, surtout lorsque l’on sait qu’Alonso avait adopté le même comportement l’année dernière, face au même adversaire, strictement au même endroit, et n’avait aucunement été pénalisé, ce qui n’avait cependant pas empêché Vettel de poursuivre bille en tête sa manœuvre avec deux roues hors piste et au final prendre l’avantage. Il faut dire que nous étions aujourd’hui sur les terres de Ferrari avec un commissaire de course italien : Emanuele Pirro, ancien pilote de F1 entre 1989 et 1991.
En haut de la hiérarchie, Sergio Pérez était un bref leader avant d’effectuer son arrêt au 30e tour, après avoir une nouvelle fois fait étale de son talent ainsi que celui de sa Sauber dans l’économie de ses pneus. A noter que le Mexicain était le seul des pilotes de tête à avoir opté pour une stratégie inversée, à savoir pneus durs dans le premier relai puis pneus medium dans le second.

Rude(s) bataille(s) dans le peloton

McLaren semblait dès lors s’acheminer vers un doublé facile en terres italiennes. Mais il n’en fut rien et les ennuis commencèrent lorsque Button du se ranger sur le bas côté de la piste à l’abord de la Parabolica, en raison d’une pompe à carburant en panne. Les deux Ferrari s’installaient alors sur le podium virtuel, avec Massa 2e mais disposé à laisser passer son équipier Alonso.

Kimi et Sergio ont assuré le spectacle dans le peloton.

Derrière, Kimi Räikkönen et Pérez se livraient à une véritable bataille de chiffonniers au 36e passage pour l’obtention de la 5e place, le dernier cité prenant l’ascendant à la deuxième chicane, mais Kimi lui rendant immédiatement la monnaie de sa pièce avant d’entrer dans les deux Lesmo. Pérez passait définitivement au tour suivant à la première chicane en faisant l’extérieur.
Vettel revenait lui du diable Vauvert et passait son coéquipier Webber au 38e tour. Dans le même temps, Rosberg se débarrassait de Räikkönen, en délicatesse avec ses gommes.

La fin de course : une hécatombe doublée d’une sublime charge de Pérez

Par ailleurs, Massa laissait Alonso prendre tranquillement l’avantage via l’utilisation du DRS au 40e tour, alors que Pérez revenait comme un boulet de canon avec ses gommes tendres, à raison de 1 à 1.5s au tour, et établit le contact dès le 42e passage avec les deux Ferrari. Massa ne put résister et fut doublé au tour suivant, et Alonso subissait le même sort trois boucles plus tard.
Avec un rythme de 1.5s plus rapide qu’Hamilton, 11 secondes d’écart et 7 tours restants, Pérez se lançait dans une dernière charge afin de faire tomber le roi Hamilton de son trône. Las, ce dernier ne tarda pas à hausser le ton pour parer à toute éventualité malgré le gouffre qui le séparait du pilote Sauber.

A pied. Vettel a du descendre de son taureau rouge dans ce rodéo italien.

Plus loin, Vettel était subitement coupé dans son élan et devait se retirer de la course sous les ordres de son ingénieur de course Guillaume Rocquelin : une sérieuse anomalie au niveau de l’alternateur venait apparemment d’être détectée et il fut demandé au pilote allemand de préserver son moteur en vue des prochaines échéances. Webber de son côté, fut sans doute informé de ce bris mécanique et reçu comme consigne de lever le pied afin de ne pas subir le même sort que son équipier. Mais pour lui aussi la situation se dégrada rapidement, l’Australien voyant Schumacher n’en faire qu’une bouchée avant de se louper complétement à la sortie de la chicane rapide d’Ascari au 50e tour, puis d’abandonner, en même temps que Nico Hulkenberg à deux tours du drapeau à damiers.

Seul aux commandes depuis le début de la course, Hamilton s’impose donc logiquement à Monza après avoir déroulé tout l’après-midi sans jamais n’avoir été réellement inquiété. Le Britannique signe ici la troisième victoire de rang de McLaren. Pérez, en dépit de tous ses efforts doit se contenter d’une très belle 2e place et décroche ainsi son troisième podium de la saison. Les Ferrari finissent quant à elles en formation, 3e et 4e, Alonso réalisant une nouvelle fois la bonne opération au championnat en creusant l’écart avec maintenant 37 points d’avance sur le 2e au général.
Räikkönen finit 5e et prend la 3e place au championnat pilote, alors que Schumacher termine 6e et premier des pilotes calés sur une stratégie à deux arrêts. Son coéquipier Rosberg arrive juste derrière en 7e position, Paul di Resta bouclant ce GP 8e, suivi par Kamui Kobayashi et de Senna qui s’empare du dernier point pour Williams.

Meilleur tour : Nico Rosberg, Mercedes, 1:27.239

Red Bull Racing déplore quant à elle son premier zéro pointé et double abandon de la saison, et voit fondre son avance face à McLaren comme neige au soleil, cette dernière qui aurait d’ailleurs pu charger davantage la mule si Button n’avait pas abandonné en fin de course. Ce dernier a d’ailleurs sans doute dit adieu hier à ses espoirs de titre, relégué à présent à 78 points d’Alonso (soit plus de trois victoires à sept courses du terme de la saison).
Au classement constructeurs, on se dirige vraisemblablement vers un duel entre Red Bull et McLaren, l’écurie anglaise se rapprochant à 29 petites unités de sa consœur autrichienne.





Hamilton et McLaren supersoniques à Monza ! – Qualifications – GP d’Italie

8 09 2012

Lewis Hamilton a décroché ce samedi la 23e pole position de sa carrière, sa 4e de l’année, sur l’autodrome de Monza. Il sera accompagné sur la première ligne par son coéquipier Jenson Button. Il s’agit là de la 63e première ligne 100% McLaren de l’histoire, un nouveau record pour l’écurie de Woking. Felipe Massa surclasse lui pour la première fois de la saison Fernando Alonso et vient compléter le podium des qualifications.

Q1

Comme à l’accoutumée, nous retrouvons ici les trois équipes abonnées du fond de grille, à savoir Caterham, Marussia et HRT. Il est cependant intéressant de noter que Narain Karthikeyan fait mieux que son très expérimenté équipier Pedro de la Rosa, alors que chez Marussia la lutte continue à faire rage entre Charles Pic et Timo Glock, et où c’est l’Allemand qui s’impose pour la seconde fois d’affilée dans l’exercice des qualifications.
Du côté de Caterham, c’est Heikki Kovalainen qui prend une nouvelle fois l’ascendant sur Vitaly Petrov, alors que les écarts entre les trois écuries de bas de classement ne cessent de se réduire : en effet, à peine plus d’une demi-seconde sépare le temps de Petrov (1:26.887), de celui de Karthikeyan (1:27.441).
Quant au dernier pilote bloqué en Q1, il s’agit de Nico Hulkenberg, qui a vu l’ensemble de son sélecteur de vitesses rendre l’âme dès son premier tour lancé et n’a donc par conséquent pu boucler le moindre tour.

Q2

Tous les regards étaient dès lors tournés vers Jérôme d’Ambrosio lors de cette deuxième partie des qualifications. Le Belge, remplaçant au pied levé Romain Grosjean, avait senti le souffle du boulet dès la Q1 où il n’avait devancé Kovalainen que de cinq petits dixièmes pour composter finalement son ticket pour la Q2. Celui-ci s’intercale finalement entre les Toro Rosso en 15e position, qui ont une nouvelle fois souffert d’un manque de vélocité dans le temple de la vitesse de Monza.

Maldonado paye très cher son comportement en Belgique en reculant de 10 places sur la grille.

Le Belge a ainsi bouclé un tour de sept dixièmes de seconde plus lent que celui de son équipier Kimi Räikkönen, ce qui n’est pas spécialement énorme au vue du déficit de roulage que celui-ci accuse (le pilote essayeur Lotus n’a pris part à aucun des séances d’essais du vendredi matin, et n’a réellement roulé que lors des tests organisés au Mugello début Mai).
Les Williams de Pastor Maldonado et Bruno Senna se positionnent quant à elles respectivement en 12e et 14e place, mais le Vénézuélien devra s’acquitter de sa pénalité de 10 places sur la grille (pour départ anticipé suivi d’un accident provoqué avec Glock à Spa), le rétrogradant de fait en 22e position pour la course.
Enfin, Sergio Pérez signe le 12e temps alors que Mark Webber se retrouve scotché en Q2 pour la seconde fois en trois weekends.

Q3

McLaren confirme ici sa bonne forme du moment en engrangeant une troisième pole position de rang et en monopolisant la première ligne. L’écurie anglaise a survolé la Q3 et n’a pas eu à souffrir de la concurrence d’Alonso qui termine bon dernier de la séance après n’avoir pu tiré la quintessence de son bolide en raison d’une barre anti-roulis défaillante. Plus surprenant, Massa signe le 3e temps et sera le porte-étendard de la Scuderia sur ses terres pour le GP. Derrière lui, Paul di Resta a réalisé une qualif’ de toute beauté qui lui a valu une très belle 4e place, mais qui se transformera en 9e demain suite à une pénalité pour changement de boite de vitesses. C’est la deuxième fois ce weekend que Force India rencontre des problèmes à ce niveau suite aux soucis d’Hulkenberg en Q1.
Les Mercedes de leur côté finissent 4et 6e, encerclant le poleman 2011 de l’épreuve italienne Sebastian Vettel, qui n’a pu faire preuve de la même ingéniosité que l’année dernière en étalonnant sa boite de vitesses sur des rapports courts pour compenser le manque de puissance du V8 Renault.
Ledit manque de puissance constitue sans doute aussi la raison principale de la contre-performance de Räikkönen, 7e, qui pourra toujours se consoler en se disant qu’il devance le leader  du championnat Fernando Alonso. Kamui Kobayashi ramène quant à lui la 8e place pour Sauber.





Briefing par Bruno Senna – GP d’Italie

6 09 2012

Peu d’appuis et des pointes à 350km/h : Monza est LE temple de la vitesse, et un immanquable pour pilotes et spectateurs. Les pastas aussi soit dit en passant…

C’est fantastique d’aller courir sur ces deux circuits historiques de Spa et Monza coup sur coup. Monza est un monde à elle toute seule : à l’ancienne avec un public de connaisseurs – elle fait partie de mes pistes préférées. L’ambiance avec les tifosi est électrique et l’environnement en général est juste incroyable. Le tracé est imprégné d’histoire et n’a pas été trop modifié. Celui-ci a gardé son âme, même avec les chicanes qui y ont été ajoutées, et reste l’un des juges de paix de la saison. Spa et Monza sont les deux circuits que je ne voudrais voir disparaitre du calendrier sous aucun prétexte. Une place devrait toujours leur être attribuée dans le calendrier.
Pour les pilotes, Monza est un défi très relevé et une piste difficile à maitriser. Il fait partie de ces circuits où vous pouvez facilement surpiloter et faire un plat, ce qui signifie que vous allez galérer pour le restant de la course. A l’inverse, c’est aussi très facile de ne pas attaquer suffisamment.
L’année dernière, j’étais le plus rapide avec 350km/h. A cette vitesse là, vous parcourez près d’une centaine de mètres par seconde. Imaginez maintenant une zone de freinage de deux mètres, que vous devez méticuleusement respecter, et où vous devez composer avec des pneus, une charge en carburant et une température de piste changeants. Les faibles appuis rendent le tour parfait difficile à accomplir pour les pilotes car ceux-ci doivent être précis. C’est vraiment dur et ça réserve de nombreux défis. Bien qu’étant une piste ultra rapide, Monza détient son lot d’échappatoires. Normalement, vous ne constatez pas d’accidents dus à des erreurs de pilotages – la plupart du temps il s’agit de voitures déboulant à deux de front. Mais comme toujours, vous espérez ne pas être confronté à ce genre de situation.
L’an passé, j’avais réalisé une bonne qualif’ ici aussi, accrochant une nouvelle fois la Q3. Et puis ce furent mes premiers points en F1, terminant à la 9e place en dépit d’un arrêt qui me fit rétrograder en 18e position. J’en garde d’excellents souvenirs et c’est une piste que j’apprécie, par conséquent je suis impatient d’y retourner cette saison.
Et bien sûr, il ne faut pas oublier la cuisine italienne ! Qui n’aime pas ça ? Je ne suis pas un grand amateur de vins, donc je ne peux me prononcer là-dessus, mais la bouffe y est vraiment excellente !

Le lieu phare du circuit

Monza est un circuit emprunt d’histoire, et nombre de ses virages ont une portée symbolique. Les Lesmo (virages 6 et 7) sont tout deux délicats, tout comme la dernière grande courbe : la Parabolica (virage 11). Avec une entrée rapide associée à un long rayon de virage, les pilotes ont tendance à arriver trop vite et à virer large, ce qui compromet leur vitesse en sortie – un désastre quand on voit l’immense ligne droite qui suit.

Le virage mythique de la Parabolica, reliant la ligne droite de retour à la ligne de départ.

L’endroit idéal pour dépasser

L’année dernière, Monza faisait partie des rares circuits où la FIA avait imposé deux zones de DRS : la première située à la Variante del Rettifilo (virages 1 et 2), et la seconde dans la ligne droite menant à Ascari (virages 8, 9 et 10). En 2012, attendez-vous à plus de passes d’armes à la chicane del Rettifilo et dans la Variante della Roggia, un peu moins étroits (virages 4 et 5).

La ligne droite des stands débouche sur la Variante del Rettifilo, un droite-gauche serré. Accrochages et court-circuits assurés au départ !

F1 Racing n°163, Septembre 2012





Interview Bruno Senna

25 08 2012

Nous venons de passer la mi-saison, est-ce que vous avez vu le temps passer ?

C’est passé plus vite que je ne le voulais à vrai dire. Parfois vous aimeriez vous dire que vous n’êtes qu’au cinquième GP. Mais l’horloge tourne. Et elle tourne plutôt vite en sport. Vivement les neuf prochaines courses.

Quel regard portez-vous sur vos performances jusqu’ici ?

Sur onze épreuves, j’ai marqué des points à six reprises. Et puisque j’avais la possibilité de faire encore mieux, je dois trouver mes axes d’amélioration et les travailler. On peut toujours s’améliorer.

Les qualifications sont-elles le point où vous devez progresser ?

Oui, c’est la clé. Nous avons galéré par moment en qualif’ cette saison, mais des fois ce n’était vraiment pas de chance. Par le passé je m’en sortais mieux en qualif’ qu’en course, mais c’est l’inverse cette année. Je me débrouille mieux le dimanche que le samedi. Je suis une courbe d’apprentissage.

Utilisez-vous différemment vos pneus lors des qualifications ?

Ces pneus sont très particuliers en termes d’énergie tolérée. Parfois en qualif’ vous voulez taper un peu plus dedans mais vous en subissez la contrepartie – vous les flinguez sans pour autant aller plus vite. Les avoir déjà pratiqués la saison précédente aide vraiment.

Êtes-vous confiant pour le reste de la saison ? Vous avez déjà roulé pour Renault sur certains tracés…

Oui, j’aurai un peu plus de recul sur ce qu’il faut faire et ne pas faire. En Belgique, je saurai où attaquer et où faire attention, de même qu’à Monza et Singapour.

Certains disent qu’il faut limiter les forces latérales appliquées sur les pneus, êtes-vous de cet avis ?

Ouais, il faut réduire la durée de braquage. Les vitesses de passage des Bridgestone et des Pirelli sont assez similaires dans les virages lents et moyens. Cependant, les Pirelli ont plus de mal à suivre si vous accélérez ou freinez lors du braquage des roues.

F1 Racing n°163, Septembre 2012








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