Interview Mark Webber

17 03 2013

Retour avec Mark Webber sur 2012, ses relations avec Sebastian Vettel et avec l’équipe Red Bull, et sur ses ambitions pour 2013

Quel regard portez-vous sur votre saison ?

Mark Webber fut en lutte pour le titre jusqu'à mi-saison en 2012, décrochant de belles victoires à Monaco et à Silverstone.

Mark Webber fut en lutte pour le titre jusqu’à mi-saison en 2012, décrochant de belles victoires à Monaco et Silverstone.

C’est difficile à dire car certains moments font partie des meilleurs de ma carrière : tout dépend de ce qu’on prend en compte. En termes de classement au championnat ce n’est pas très reluisant, mais si on considère mes qualif’, il s’agit sans doute de ma meilleure saison. Ce n’est bien sûr pas la finalité, mais c’est un premier pas vers le succès. Je me suis donc amélioré dans ce secteur, malgré une baisse de rythme à mi-saison. On a subi trois courses d’affilée avec divers soucis et pénalités. On peut faire une liste complète des pépins rencontrés, mais au final nous n’avons tout simplement pas réalisé une campagne suffisamment solide pour obtenir mieux. Cela dit, on a aussi eu des moments forts.

Comment gérer vous le fait d’évoluer aux côtés de Sebastian, triple champion du monde ?

Seb’ a connu une formidable saison pour décrocher son troisième titre. Il faut lui tirer notre chapeau. Sa domination n’a pas été aussi forte qu’en 2011, ce qui était prévisible au vue de sa première partie de saison. Ce fut très serré en 2010, avec pas moins de cinq pilotes prétendants au titre, alors que cette année cela s’est résumé à un duel entre Seb’ et Fernando.

Est-ce que vous avez été déçu pour Fernando au vue du dénouement de la saison au Brésil ?

Je crois qu’il a réalisé un véritable sans faute cette saison, ce pour quoi il fut très déçu par son résultat final : il a tout donné, et n’a pas été récompensé. Mais il faut passer à autre chose. Est-ce que c’était sa meilleure saison en termes de pilotage ? On peut le dire en effet. Il ne pouvait pas faire beaucoup plus. Mais perdre de trois petits points… Heureusement que je l’ai passé à Silverstone, n’est-ce pas ?!

Comment se passe votre relation avec Sebastian à l’heure actuelle ?

Il y a eu des hauts et des bas, comme dans toute relation. Il y a des jours merveilleux et d’autres où il faut prendre sur soi. Mais nous nous respectons mutuellement. Mon intime conviction est qu’au regard des enjeux, être très proche est impossible. Après le GP d’Inde, les media allemands ont suggéré que nos relations s’étaient tendues : mais la réalité est que nous étions l’un à côté de l’autre dans l’avion de retour. Nous ne sommes pas les meilleurs amis du monde, aucun duo de pilotes ne l’a jamais été d’ailleurs, c’est juste inenvisageable en F1 – où alors il y a un truc qui cloche. Il y a donc toujours cette ambiance assez sèche. Les gens se rapprochent après la bataille. Par exemple, David Coulthard et moi étions de bons coéquipiers, avec du respect porté vers l’autre, mais sans plus. Cependant sitôt que David s’est retiré nous sommes devenus plus proches.

A quel point reconnaissez-vous que le travail des gars de Milton Keynes a porté ses fruits ?

C’est quelque chose auquel vous pensez lorsque la voiture marche bien, pas quand elle est arrêtée… vous y pensez quand vous menez les derniers tours d’un GP, vous prenez conscience des efforts que cela implique d’être à cette place. Être en tête, gagner… c’est quand vous êtes dans le coup que vous prenez la mesure des efforts consentis par tous.
Vous auriez été une petite souris à Monaco cette année, vous auriez été au courant de toutes les petites guéguerres et de la pression dans laquelle les gars travaillent – c’est impressionnant. C’est quand ça vous touche de près et que vous avez du succès que vous prenez réellement conscience du travail abattu par l’équipe. Il faut aussi voir à quelle vitesse l’auto évolue : jadis il y avait, au plus, une version B de la voiture, la FW14B etc… Mais à la fin de 2012, nous en étions à la version D de la RB8 – pareil chez McLaren, où ils ne nomment même plus leur voiture. C’est dire le rythme de développement.

Comment jugez-vous l’évolution de l’équipe depuis l’époque Jaguar ?

Il y a bien plus de moyens financiers, surtout au niveau de l’organisation. Nous disposons de plus d’infrastructures. Adrian est à la baguette, le véritable chef d’orchestre pour toute la partie design et philosophie générale de la voiture, chose la plus importante en définitive. Il s’agit d’une voiture de course et le but est de la rendre la plus rapide possible, sur tous les circuits, que ce soit en qualif’ ou en course. Tout le reste c’est de la poudre aux yeux – et c’est aussi l’avis d’Adrian.

F1 Racing n°168, Février 2013

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Interview Michael Schumacher

19 11 2012

Ce weekend, Michael Schumacher fera ses seconds adieux à la F1, pour de bon cette fois. L’occasion de revenir sur une interview qu’il avait accordé au magazine F1 Racing il y a maintenant un peu plus de deux mois, alors que l’annonce de sa retraite définitive n’avait pas encore eu lieu, et où il se prêta au jeu de la rubrique « Vous Posez Les Questions », où des lecteurs lambda ont la possibilité de questionner des personnalités de la F1. Cette interview fut sans doute et contre toutes attentes l’une des plus franches et directes qu’il ait pu accorder jusqu’ici. Le pilote allemand pressentait-il que la fin de sa carrière était imminente (Mercedes n’a pas eu la délicatesse de lui annoncer son remplacement par Hamilton pour 2013 avant la publication du communiqué de presse) ? Ou avait-il senti que sa liberté d’expression était moins restreinte du fait que les questions n’étaient pas posées par des journalistes du milieu mais par des fans ? Toujours est-il qu’il en résulta un entretien décalé et sans concessions, et instructive a posteriori de l’annonce de son retrait de la F1.

Sur ces deux dernières décennies de F1, on peut considérer qu’au moins la moitié n’a connu la domination quasi sans partage que d’un seul homme. Et même quand il ne se battait pas pour le titre, celui-ci était toujours considéré comme le pilote à battre. Qu’il s’agisse d’une course déterminante pour le titre ou bien de polémiques faisant les gros titres, tout le monde connait son nom : Michael Schumacher.

Salut l’artiste !

Quelle que soit votre opinion sur cette outrageuse hégémonie, sur les atermoiements de son retour, les chiffres restent étourdissants : 7 titres, 68 pole positions, 91 victoires. Ces statistiques jettent un voile sur tous les autres pilotes de l’histoire de ce sport.
Nous nous sommes donc demandés comment Michael réagirait si on lui remémorait “l’affaire de la Rascasse”, si on évoquait l’hypothèse d’un départ forcé de chez Ferrari, ou bien encore ses souvenirs d’Ayrton Senna. Mais au final il ne semble pas trop embarrassé. Le Michael inflexible, sans pitié des années Ferrari s’est adouci. A présent il est plus détendu et sait apprécier les bons moments – les 300 GP et les 21 années passées à voyager à travers le monde y sont sans doute pour quelque chose.
Sur les quelques 2000 questions que vous nous avez envoyées, traitant des débuts de Michael jusqu’à son passage à Maranello, nous lui avons posé les plus intéressantes, et il est l’heure maintenant d’écouter ses réponses.

Qu’est-ce que vous ressentez lorsque des gamins vous doublent sur la piste ?
Frederik Gasoi, Canada

Ça m’est égal. Lorsque je suis dans l’auto, peu importe l’âge de mes adversaires. Ce que je veux juste c’est passer le gars qui est devant moi – ou à l’inverse rester devant lui. C’est ça le truc.

Avec Sebastian Vettel, lors du GP de Corée cette année. La relève allemande est (bien) assurée…

Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur ce qui s’est passé au bar de l’hôtel du circuit de Suzuka, le ‘Log Cabin’, la nuit suivant votre titre de champion du monde en 2000 ?
Ashley Mason, Royaume-Uni

Vous devez confondre avec mon frère…

Quelle était votre idole lorsque vous étiez petit ?
Caroline Riley-Smith, Royaume-Uni

Au début ce fut Vincenzo Sospiri en karting. Puis Ayrton Senna. Ces deux gars m’ont beaucoup inspiré quand je faisais du kart.

Quel est le facteur à améliorer pour permettre à Mercedes d’être aux avant-postes de façon régulière ?
Pamela Lowth, Royaume-Uni

A l’heure actuelle, il n’y a pas qu’un seul facteur sur lequel agir. Il s’agit plutôt d’une mosaïque où toutes les pièces doivent imbriquées. Nous ne sommes plus loin du compte, mais il faut assembler les derniers éléments.

Vouliez-vous vraiment donner un coup de poing à David Coulthard après votre collision à Spa en 1998 ?
Karel Belohuby, République Tchèque

Euh…je n’ai jamais été bagarreur pour être honnête. En fait, je n’ai jamais frappé personne, mais sur le coup je voulais lui faire prendre conscience de son acte.

Tricycle rouge ! Schumi ne manquera pas de dire sa façon de penser à Coulthard une fois arrivé aux stands.

Quel est le meilleur conseil qu’on vous ait donné et en quoi consistait-il ?
Lee Frary, Royaume-Uni

Réfléchir avant d’agir’. C’est un ami proche, qui a maintenant dans les 80 ans et qui a vécu beaucoup de choses, qui m’avait donné ce conseil. Il est valable dans toutes les situations de la vie – il signifie que quel que soit ce que vous voulez faire, vous devez bien en envisager les conséquences.

Quel est votre meilleur souvenir d’Ayrton Senna ?
Montero Moises, Espagne

Facile. C’est le Brésil en 1994, où je l’ai battu après qu’il ait fait un tête-à-queue quand on se battait pour la tête. D’une certaine manière, le fait qu’il perde le contrôle m’a rendu très fier du fait de son tempérament de vainqueur. Il faut dire qu’on revenait de nulle part aussi – en 1994 notre petite Benetton, munie d’un moteur Ford, n’était pas supposée jouer les premiers rôles, mais c’était en réalité un excellent ensemble, et nous étions capable de ferrailler avec les Williams. Lorsqu’il est sorti, je me suis dit : ‘C’est bon signe’.

Avez-vous déjà été verbalisé sur la route et si oui, quelle a été votre réaction ?
Gary Gillies, Royaume-Uni

Oui je l’ai déjà été. Malheureusement on ne m’a pas fait sauter ma prune…

Quelle qualité appréciez-vous le plus chez un pilote ?
Jacob Cook, Etats-Unis

Peut-être qu’il soit allemand…

L’idée de monter votre propre équipe vous a-t-elle déjà traversée l’esprit ?
Clare Dobson, Royaume-Uni

Non, jamais.

De toute votre carrière de pilote, du karting à la F1, quel a été votre plus féroce adversaire ?
Paul Mariano, Etats-Unis

Le plus féroce ? Vous voulez dire le plus coriace ? Sans hésitations Mika Häkkinen.

Quelle musique écoutez-vous ?
Carina Gusevska, Lettonie

Paolo Nutini.

Avec si peu de points marqués comparé à votre équipier, comment faites-vous pour rester calme ?
Kadir Gunes, Turquie

Je reste calme justement parce que je n’ai pas inscrit beaucoup de points… j’ai subi tant de casses mécaniques qu’honnêtement je ne me soucis par de cela – ça fait partie du jeu. Je fais confiance aux gars dans l’équipe et vis-versa. C’est ce qui m’importe le plus.

Malgré un déficit de points face à Rosberg, notre « vieux » Schumi a cependant pris l’ascendant en qualifications. Dommage qu’il ait été le paratonnerre des problèmes mécaniques de la Mercedes W03 toute la saison.

Je pars visiter Monaco durant mes vacances. Une idée du meilleur endroit où se garer ?
Graham Scott, Royaume-Uni

Eh bien, il y a plein de parkings sous-terrain en Principauté…

F1 Racing : La Rascasse non ?

En contemplant votre carrière F1 jusqu’ici, avez-vous des regrets ?
Charles Russell, Irlande

Oui : Jerez 1997.

Si Ferrari vous faisait une proposition, seriez-vous partant ?
Mark Durepos, Etats-Unis

Pourquoi ?

Devez-vous vous entrainer plus durement et plus longtemps pour rester en forme à présent ?
Don Molyneux, Etats-Unis

Je m’entraine autant qu’avant. J’ai toujours apprécié être affuté, et je l’ai été parfois plus que nécessaire. Les F1 sont plus lentes maintenant et requièrent moins d’efforts, il est donc facile d’être en bonnes conditions pour ces voitures. J’ai adapté mon régime et je recherche toujours de nouvelles choses à faire. Je pourrais vous raconter tout mon petit train-train, mais vous ne pourriez pas tout enregistrer !

Y-a-t-il quelque chose qui vous irrite en F1 aujourd’hui ?
Michael Bobroy, Russia

L’or noir.

F1 Racing : Euh… vous pouvez préciser votre pensée ?

Je vous laisse y réfléchir.

Est-il vrai que quand vous étiez jeune votre père a modifié la pédale de votre kart en mettant un vieux moteur de moto dessus ? Et est-il vrai aussi que quand vous aviez quatre ans, vous vous êtes pris un réverbère avec ?
Rhys Hardstaff, Nouvelle-Zélande

Vous êtes bien informé. C’est comme ça que tout a commencé.

En moyenne, combien de cigares fumez-vous par mois ?
Kaspar Kutt, Estonie

Je ne compte plus…en moyenne un peu moins d’un cigare.

Fatigue ? Perte de concentration ? Freins hors température ? Difficile d’expliquer l’accrochage de Schumi avec JEV cette année à Singapour.

Durant une épreuve, votre esprit est-il concentré à 100% sur la course, ou vous arrive-t-il parfois de vous demander ce que vous allez faire à diner ?
Juha Makarainen, Finlande

Il m’arrive de penser à autre chose. Quand vous dévalez une ligne droite à Monza, vous avez pas mal de temps pour laisser votre esprit vagabonder, sur des détails relatifs à l’auto ou parfois des choses complètement différentes. Ça n’arrive pas en qualif’ ou dans un moment chaud, mais ça peut arriver lorsque vous enchainez les tours.

Est-il moins facile de se remettre de l’ivresse de la victoire quand on est jeune ?
Patricia Hussey, Royaume-Uni

Je ne pense pas que ça ait un lien avec l’âge. C’est simplement liée à vos réussites, et dès que vous accomplissez quelque chose, vous vous reconcentrez de suite sur un autre objectif. Ça peut commencer par une victoire, puis un championnat.

Il m’a semblé qu’en 2006 Ferrari vous avait poussé vers la sortie alors que vous ne vouliez pas réellement vous retirer. Est-ce vrai ?
Don Diklich, Etats-Unis

Non, à 200%. Lors d’une traditionnelle soirée de Noël organisée par Ferrari j’ai dit à Mr di Montezemolo sur la scène que je voulais me retirer et il m’a répondu : ‘Repense-y. Tu peux avoir un contrat à vie ici. Tout ce que tu voudras tu l’auras, nous voulons que tu restes’. Ça peut sembler être une coïncidence mais j’ai eu un tchat pas plus tard qu’hier avec lui et nous entretenons toujours de bonnes relations. Mais j’avais décidé de me retirer et c’est ce que je voulais à l’époque. Comme je l’ai dit, j’étais juste lessivé. Je n’avais plus de ressources et plus rien à prouver, et j’avais mon « petit frère » – comprenez Felipe Massa – j’étais content pour lui qu’il reprenne le flambeau.

Un dernier tour d’honneur. Les cadres de la campagne 2006 quasiment au grand complet. De gauche à droite : Schumi, Todt, Massa et Montezemolo.

Quels seront vos prochains défis dans votre vie ?
David Herron, Royaume-Uni

Je ne pense pas avoir d’autres défis dont je puisse parler.

Etes-vous nostalgique de Maranello ?
Annie Hughes, Royaume-Uni

Je le suis. J’y vais occasionnellement pour voir Rossella, qui dirige le restaurant Montana ; on se parle assez souvent dans la semaine, elle m’appelle, et on a un contact régulier – pas autant qu’avant, mais elle reste dans mon cœur. Stefano Domenicali est aussi un bon ami à moi, et on traine souvent ensemble. Le meilleur plat de Rossella ? Les tagliatelles.

Quelle boisson commanderiez-vous si vous étiez avec Kimi ?
Richard Andrews, Nouvelle-Zélande

De l’Apfelschorle, du jus de pomme avec de l’eau gazeuse.

Combien de temps comptez-vous encore rester en F1, et que voulez-vous faire par la suite ?
Rustam Sagitov, Russie

Eh bien, j’ai bien peur que je ne puisse vous répondre à ce stade de la saison.

Quel a été votre plus beau dépassement en F1 ?
Roger Clarke, Royaume-Uni

A trois de front. La passe d’armes entre Häkkinen et Schumacher à l’approche des Combes reste un modèle du genre.

Il y en a eu tellement… Je ne peux pas m’en rappeler d’un en particulier tout de suite. Il y a bien eu cette passe d’armes dont les gens se souviennent, celle avec Mika Häkkinen lorsqu’il m’a dépassé à Spa en laissant Ricardo Zonta entre nous deux. Mais réfléchissez-y : qu’est-ce que je pouvais faire ? J’avais un retardataire au milieu de la piste et je devais choisir un côté par lequel passer. Mika a bien entendu pris l’autre côté et a profité du surplus de vitesse pour me passer. C’était bien joué de sa part… J’ai vécu la même chose avec Felipe et Kamui à Montréal l’année dernière, lorsque je leur ai fait l’intérieur et que je les ai passés tous les deux en même temps. Les gens pensent que c’est une action géniale, mais en réalité c’est assez facile à faire. Deux gars bataillent et se gênent mutuellement et je suis le troisième larron qui en profite. Ça a de la gueule, mais ça n’a rien d’extraordinaire quand on y pense. Il y a des instants de course beaucoup plus intenses – des moments sur lesquels il faudrait s’attarder davantage de mon point de vue.

Qu’avez-vous ressenti lorsque Jacques Villeneuve vous a fait l’extérieur dans le dernier virage à Estoril en 1996 ?
Steve Bather, Royaume-Uni

C’est uniquement parce que j’avais ralenti pour le gêner que j’ai compromis ma sortie de virage. Il a sauté sur l’occasion pour me faire l’extérieur. Dites-vous bien qu’avec sa voiture il disposait de bien plus d’adhérence pour pouvoir faire ça…

Pourquoi continuez-vous à vous plaindre des pneus – est-ce parce que vous étiez habitué à avoir des enveloppes qui correspondent mieux à votre style pilotage ?
David Greenwell, Royaume-Uni

Je vais faire simple. Si vous avez un manufacturier unique, alors celui-ci se doit de fabriquer un pneu qui convienne à la majorité du plateau. Et c’est ce que j’ai voulu exprimer. A l’heure actuelle, ce n’est pas le cas. Nous avons des gommes qui ne fonctionnent que pour une petite frange de pilotes et non pour la majorité, ce qui ne devrait pas se produire. Ce devrait être l’inverse en fait.

Michael, souffrez-vous toujours du mal des simulateurs ?
Matt James, Royaume-Uni

Je n’en ai pas essayé récemment, je n’en ai pas eu l’occasion.

Si Bernie Ecclestone vous accordait trois vœux : quels seraient-ils ?
Mertol Shanin, Bulgarie

Je ne crois pas que Bernie m’offrira un truc un jour…J’ai une belle famille, je suis heureux, l’argent n’est pas un problème…Rien ne me vient à l’esprit, excepté peut-être qu’on me fournisse plus d’accréditations dans les paddocks.

Lequel de vos sept titres a-t-il eu la meilleure saveur pour vous ?

Définitivement celui que j’ai remporté en 2000. Après 21 années d’insuccès pour Ferrari et de mon côté 5 ans passés à lutter pour le titre avec la Scuderia, c’était un véritable aboutissement pour moi et pour toute l’équipe.

Schumi délivra les tifosi lors du GP du Japon 2000, décrochant (enfin !) le titre après 21 ans d’attente pour la Rossa et à la suite de 5 tentatives infructueuses et une jambe cassée.

F1 Racing n°165, Novembre 2012





Briefing – GP d’Inde, BIC

25 10 2012

La F1 se rendant pour la seconde fois en Inde, les équipes savent à quoi s’attendre : haute température et grip évolutif. Revue de détails avec nos deux ingénieurs de chez Williams.

Le GP d’Inde représente un défi unique pour les teams : un de ces défis qui débutent avant même de toucher terre à DelhiEssentiellement, tout ce dont les équipes ont besoin pour cette course doit déjà faire le voyage pour la précédente course en Corée (que ce soit des éléments de la voiture ou des équipements de garage). Tout cela navigue jusqu’à Delhi, puis à Abou Dhabi avant de finalement revenir à la maison. Dit simplement, si vous voulez tout ça à Delhi, la Corée est un passage obligée. Cela signifie qu’il est plus difficile d’apporter des améliorations sur la voiture et de bien s’organiser pour l’Inde.
Il s’agit de la seconde année où pilotes et écuries se rendent sur le Buddh International Circuit. Le réglage de la voiture devrait être plus simple cette fois-ci car les équipes ont retenu les leçons de l’an passé concernant le comportement des pneus et ne vont pas dépendre uniquement des datas acquises lors de simulations.
A la différence de la plupart des circuits européens, le tracé indien n’a guère été employé depuis l’année dernière. Les pilotes s’attendent donc à voir le niveau de grip augmenter au fil du weekend. A cela s’ajoute une température de piste allant décroissant lors de la course, ce qui aura son petit effet sur la performance des enveloppes et la stratégie.

Stratégie de course : Mark Barnett, ingénieur de course Williams

L’an passé les pneus durs n’étaient pas à la hauteur ici, les gommes représentent donc un facteur déterminant niveau stratégie. Limiter le temps passé en piste avec eux peut sembler évident, mais ce n’est pas si simple car dans ce cas on serait obligé d’effectuer un plus long relais avec un autre train de pneus dont la perf’ se dégraderait au fil du temps.
Beaucoup opte pour deux arrêts, avec un dernier relai assez court. Mais d’autres tranchent en faveur de stratégies plus extrêmes, en stoppant par exemple lors des premiers tours, retirant les durs pour passer tout le reste de la course en tendres.
On utilisera les hard et les soft cette année. On peut s’imaginer que les soft seront vraiment performants, mais qu’avec une température de piste élevée, les hard auront une meilleure longévité. Je pense donc qu’on assistera à des stratégies à deux arrêts.
Malgré deux zones de DRS l’an passé, on n’a pas vu énormément de dépassements. Cependant, la position sur la grille n’est pas aussi déterminante que sur un circuit urbain, et on espère toujours avoir un bon rythme en course ainsi qu’une stratégie nous permettant de tenter un coup.

Réglages : Mark Gillan, chef-ingénieur des opérations Williams

Aucun paramètre particulier ne se dégage lorsqu’on analyse ce circuit. Celui-ci est composé de courbes à haute vitesse et de virages lents. La chose la plus importante est la versatilité de la piste et notre réactivité sur les réglages et l’efficacité aéro car la piste évolue vite. L’élément dont il faut se méfier est la température du tarmac – qui peut être élevée mais décroit durant la course.

Vettel avait remporté en 2011 le tout premier GP d’Inde de l’histoire.

L’an passé, le vendredi, le fait marquant fut les fortes évolutions de l’usure des pneus et des chronos.
Il y aura du pain sur la planche pour avoir une bonne estimation de la longévité des gommes et de leur niveau de perf’. Si on assistait à de fortes fluctuations comme l’an passé, ça deviendrait problématique.
Il peut aussi arriver que les évolutions de la piste soient plus rapides que l’usure des pneus elle-même. Il devient alors difficile d’appréhender lequel des deux facteurs est le plus important. En 2011, le BIC était un tout nouveau tracé, ces évolutions étaient peut-être donc liées à un certain effet « déverminage ». Cela étant, je pense que ce sera encore aléatoire cette année.
Comme chacun sait, les pneus ont une fenêtre d’exploitation qu’il faut respecter, et avec une température aussi variable, le gros du travail sera de rester dans les clous.

Ce qu’il faut savoir

  • Les teams devraient retrouver plus rapidement les bons réglages que l’an passé,
  • La ligne droite de retour verra l’influence du DRS très altérée entre les qualifications et la course,
  • La longue ligne droite signifie que les pilotes restent longtemps en septième,
  • Le virage lent n°3 est très important car il conditionne la ligne droite de retour,
  • Il y a un grand écart de perf’ entre les qualif’ et la course pour le secteur allant du T8 au T14,
  • Les virages 5 à 14 s’enchainent non-stop. Il s’agit d’une longue séquence de virages rapides et semi-rapides. De façon générale, les pilotes ne lâchent pas le sélecteur de vitesses durant cet enchainement.

F1 Racing n°165, Novembre 2012





Interview Narain Karthikeyan

23 10 2012

A moins d’une semaine de la seconde édition du GP d’Inde, nous avons passé quelques instants avec le pilote HRT pour savoir où en était son écurie, et parler de l’effet que ça fait d’être le seul pilote indien en F1…

Comment se déroule votre saison avec HRT et vos relations avec Pedro de la Rosa ?

Pedro est très expérimenté, c’est un pilote rapide et un type adorable : on s’entend bien ensemble. Revenir en F1 l’année dernière après une si longue absence fut difficile, à plus forte raison que l’équipe était dans une situation financière délicate. Cette année, on est toujours nulle part, mais les choses vont dans le bon sens. La nouvelle direction a donné la priorité à la voiture, et la nouvelle usine n’a rien à envier à celle de Force India. Le but est d’attirer les meilleurs éléments et faire des progrès.

Avez-vous un contrat avec HRT pour l’an prochain ?

Pedro de la Rosa est un bon point de repère pour Karthy (1er plan).

Non. L’équipe a bien sûr une option sur moi et je souhaite rester, mais attendons de voir. Je me sens chez moi ici ; je connais bien les gens et si je continue d’assurer et que nous sommes toujours soutenus par l’Inde – pas seulement financièrement, mais aussi au niveau technique – nous essayerons de faire quelque chose ensemble et j’espère que je resterai.

Qu’entendez-vous par soutien technique ?

L’industrie du carbone est maintenant développée en Inde. Le coût du travail est plus élevé en Europe qu’en Inde, où cela revient moins cher de produire un aileron ou tout autre élément carbone. On est donc dans ce schéma et on essaie d’obtenir le support technique de Tata. Ils détiennent l’un des superordinateurs les plus puissants au monde, il est peut-être possible qu’on l’utilise pour la CFD ou ce genre de chose. L’Inde est un leader dans les TIC, il y a donc des possibilités à ce niveau. On fera en sorte de boucler tout ça, ce qui nous facilitera la tâche à l’avenir.

Vous avez grandi à Coimbatore,  qui est un peu la vallée de l’automobile en Inde, c’est exact ?

C’est exact, d’ailleurs une entreprise nommée Jayem Automotive vient de réaliser un joint-venture avec Dallara pour produire des F3 de 220cv ; les Etios Series seront aussi les plus rapides d’Asie, Japon compris. Celles-ci seront financées par MRF, le plus grand manufacturier de pneus en Inde, et elles faciliteront l’émergence de jeunes talents indiens. Entre l’époque où j’ai fait mes débuts en karting et aujourd’hui, c’est un peu le jour et la nuit.

La F1 a-t-elle donc un avenir en Inde après Narain Karthikeyan et Karun Chandhok ?

Ça prendra du temps, mais regardez le Mexique. Les frères Rodríguez étaient les derniers Mexicains à s’être imposés en F1, avant que Sergio Pérez ne fasse son trou 30 ans plus tard. Le Mexique a eu de bonnes infrastructures pendant longtemps ; de bons circuits, une bonne formule monoplace etc. Mais regardez le temps que ça a pris de ramener un Mexicain en F1.
L’Inde appréhende différemment la F1 depuis le GP de l’année dernière. La Chine n’a elle pas encore produit un pilote digne de ce nom, en dépit du fait qu’elle investisse énormément, et qu’elle détienne une meilleure visibilité que l’Inde. Je suis sûr que de notre côté une nouvelle génération de jeunes pétris de talents est sur les rangs.

Quelle est l’intérêt de développer le sport auto en Inde ?

La F1 est un sport très en vue et c’est une période très excitante pour les jeunes pilotes indiens. Mais au final, le pays est encore assez pauvre et nous avons besoin du soutien du public. Le cricket s’accapare la plupart du sponsoring, ça ne va donc pas être facile.

Karthy fut le seul indien à prendre part à la course l’an passé, damant le pion à Chandhok.

Ça vous a fait quoi de participer au premier GP d’Inde en 2011 ?

Pour une première, c’était fantastique. C’était à guichets fermés, donc bondé. Les spectateurs étaient enthousiastes et même si je n’ai fini qu’à la 17e place, j’étais devant mon coéquipier, Daniel Ricciardo, et on a tous les deux fini devant Jarno Trulli. On a apporté des améliorations sur l’auto à Singapour cette année, on espère donc être davantage compétitif en Inde que l’an passé.

Ça a du faire drôle quand même…

Même dans mes rêves je n’aurais osé imaginer qu’un jour dans ma vie soit organisé un GP en Inde. Mais Jaypee, un fond d’investissement privé, a fait du bon boulot et a injecté beaucoup d’argent dans ce projet. Ils ont créé un événement formidable pour nous.

Evaluer ses progrès est-il plus difficile quand on fait partie d’une des plus petites équipes du plateau ?

C’est vraiment dur. J’ai fait une belle course à Monaco cette année – mais je n’ai fini que 15e, notre meilleur résultat jusqu’ici. Pedro est un bon point de repère, et le fait de le battre en qualif’ ou en course signifie généralement que j’ai fait du bon travail. Les Marussia sont un peu devant, mais notre rythme de course nous permet de rivaliser et on essaie de les battre : c’est une source de motivation. Je suis heureux d’être en F1, et je pense que c’est important que d’autres jeunes pilotes indiens aspirent à la F1. Ils ont besoin de référence, mais c’est très compliqué et il faut tout donner. Je suis ravi d’être ici, et même si je sais que nous ne disposons pas de la meilleure voiture, ça reste une F1 après tout. C’est mieux que d’être en Nascar Trucks…

Les Marussia constituent les adversaires directs des HRT cette saison. Avec encore un léger avantage pour l’équipe russe.

F1 Racing n°165, Novembre 2012





Chronique Bruno Senna

21 10 2012

Dans cette nouvelle chronique, Bruno Senna évoque le véritable train de vie de ministre auquel les pilotes de F1 sont confrontés en cette période de l’année, et sur la façon la plus adaptée pour gérer la fatigue qui en résulte. Bruno nous dresse aussi un portrait des pérégrinations et des péripéties qu’il s’attend à vivre lors de ces GP lointains, notamment avec Karun Chandhok à l’occasion de la seconde édition du GP d’Inde. Pour finir, le pilote Williams rend un hommage émouvant au Professeur Sid Watkins, décédé mi-Septembre.

Bruno Senna sur…son agenda très chargé

A l’heure où ces lignes sont écrites, je suis en train de rejoindre Monaco, à quelques 10 000m d’altitude, et à une vitesse de 850km/h, après avoir réalisé quelques sessions de simulateurs au QG Williams à Grove. Nous sommes à présent à mi-saison, période où le Formula One Circus passe le plus clair de son temps dans un avion. Avec 3 courses d’affilées en Asie, une au Moyen-Orient, et une en Amérique, j’ai calculé que je vais devoir passer 80 heures les fesses dans un avion et parcourir environ 67 000km lors des huit prochaines semaines !
C’est une période d’effervescence pour tout le monde en F1, et j’utilise de petites astuces pour pallier à ce train de vie démentiel – sans compter les périodes d’adaptation aux différents décalages horaires. Tout d’abord, c’est important de ne pas être stressé. On est constamment sous pression dans le boulot, pas la peine donc d’en rajouter quand on voyage : je fais donc toujours en sorte d’arriver à l’aéroport en avance afin de souffler un peu. Généralement, on se déplace la nuit, on peut donc se reposer à souhait durant le vol. Mais en même temps, on devrait bouger davantage car les muscles ont tendance à se ramollir si on reste trop longtemps immobile.

Les personnels F1 passent la plupart de leur temps dans un avion en cette fin de saison.

J’ai aussi ma propre collection de films que j’emporte avec moi. Je les copie du Blu-Ray de mon ordi pour les regarder ensuite sur mon téléphone. Lors de mes derniers vols j’ai regardé Hancock, Iron Man et American Pie : Reunion. C’est toujours mieux d’avoir ses films à soi pour ne pas s’envoyer les films de l’avion.
A l’atterrissage, je ne suis jamais totalement reposé, mais j’essaie de rester éveillé le jour, et je fais en sorte d’aller faire de la gym et un peu d’entrainement pour avoir un bon sommeil la première nuit. C’est vraiment important de s’adapter au décalage horaire le plus vite possible, et pour ne pas trop en souffrir, je mange à l’horaire local, mais peu, afin de faciliter la digestion.

Sur…ses tribulations lors des derniers GP

Je suis très curieux dès lors qu’il s’agit de gouter aux spécialités locales. Une fois sur le circuit, je ne mange que du poisson, des légumes et des pommes de terre – des choses faciles à digérer – avant de grimper dans la voiture. Mais quand je serai en Inde, je prendrai certainement un plat typique avec mon ex-coéquipier Karun Chandhok à New Delhi – on fera ça après la course histoire de ne pas se retrouver avec un mal de ventre juste avant le GP !

On espère que Bruno et Karun ne vivront pas d’embardées similaires lors des prochains GP.

Cette partie de l’année est un réel test d’endurance, mais nous visitons de beaux circuits et, en fonction de l’équilibre et de la performance de la voiture, je suis persuadé qu’on engrangera une bonne poignée de points. J’espère aussi ne pas me retrouver dans la même situation que l’année dernière à Singapour. Après seulement 15 tours, un joint céda et coupa des fils électriques à l’arrière de la monocoque. Par conséquent, mes reins étaient exposés  à l’air qui sortait des radiateurs, à environ 130°C. Ce flux d’air chaud ne faisait que rajouter à la fournaise de Singapour, et affecta mon tube d’alimentation, envoyant de l’eau bouillante dans ma bouche ! Une expérience pas très agréable – et en plus de ça on était dans les points lorsque la voiture cassa.
C’est une année jusqu’ici difficile, où des petites causes peuvent produire de grands effets, mais l’équipe a été d’un excellent soutien. C’est la première fois de ma carrière que je reçois un tel appui et c’est très important à mes yeux.

Sur…Sid Watkins

Le Professeur Sid Watkins.

Avant de terminer, je souhaite rendre hommage au grand Professeur Sid Watkins, décédé en Septembre. Je n’avais croisé celui-ci qu’à de rares occasions, mais bien sûr ma famille l’adorait et Ayrton entretenait une excellente relation avec lui. Il laisse derrière lui un formidable héritage dans l’amélioration de la sécurité – et il était aussi un gars apprécié par tous dans le paddock. C’est bien qu’Ayrton et lui aient été si proche ; c’est vraiment difficile de tisser des liens solides en F1, mais leur amitié était sincère, pas juste en raison du sport, mais aussi parce qu’ils se retrouvaient dans le caractère l’un de l’autre. C’est triste de le voir partir, mais il a eu une longue et belle vie, et c’est ce dont on se souviendra de lui.

F1 Racing n° 165, Novembre 2012





Voiture d’exception : Williams FW18

9 10 2012

Depuis la seconde partie des années 90, seules quelques F1 ont pu prétendre au titre de ‘meilleur bolide de tous les temps’. La Ferrari F2002, voiture de tous les records en 2002-03, ainsi que la radicale Red Bull RB7 de 2011 font partie de cette élite. Mais la meilleure, d’un point de vue statistique et esthétique, est sans conteste la superbe Williams de 1996, la FW18.


Le futur champion du monde Damon Hill et son fougueux successeur d’équipier Jacques Villeneuve l’ont ainsi conduite à 12 victoires, 12 poles, 11 meilleurs tours, 21 podiums ainsi que 25 premières lignes, sur un total de 16 courses. Ceci équivaut à 72,5% de réussite, légèrement au-dessus de la Red Bull RB7 (70%) et de la Ferrari F2002 (69,5%).

Cette domination fut bâtie sur de solides fondations : mis à part le rehaussement des flancs des cockpits, la FIA avait décidé de ne pas changer outre mesure la réglementation technique pour 1996. De fait,  le duo de choc en charge du design chez Williams, composé d’Adrian Newey et de Patrick Head, avait opté pour une simple évolution plutôt que pour une rupture complète.

Bien avant Red Bull, Newey avait déjà fait des merveilles chez Williams, mais aussi Leyton House, McLaren… Ici avec Patrick Head.

A l’époque, il leur avait été reproché d’avoir été trop conservateurs mais, étant donné que la FW17 (version B), avait terminé l’année en trombe, leur philosophie fut guidée autant par la recherche de la performance que par le pragmatisme.
La boite de vitesses transversale de la FW17B fut conservée et améliorée sur la 18, à contre-courant des boites longitudinales de Benetton et McLaren. Cette option procura à Newey davantage de marge de manœuvre pour entreprendre des changements drastiques sur le diffuseur. Newey dessina aussi un nez haut perché pour la FW18 – un design aéro plus efficace, devenu depuis l’une de ses marques de fabrique. Patrick Head, pendant ce temps, planchait sur la suspension. “L’aspect le plus crucial réside dans l’intégration du facteur aérodynamique et du système de suspension”, expliquait Newey à l’époque. “Inutile d’avoir des tonnes d’appuis si les suspensions ne sont pas capables de les supporter. De même, ce n’est pas bon d’avoir une super géométrie de suspensions si la voiture ne produit pas assez d’appuis”.
La combinaison de tous ces éléments produisit une voiture ultra-maniable générant bien plus d’appuis que l’ensemble des monoplaces conçues dans les autres usines. Ce fut flagrant lors de la deuxième manche de la saison, à Interlagos au Brésil, où Damon Hill se qualifia une seconde plus vite que son premier adversaire (hors Williams).
C’était appréciable de courir sur une si bonne auto”, se rappelle Hill. “L’équilibre est important car ça vous donne plus de libertés, mais si une voiture est nerveuse, il est difficile de se sentir en confiance. La FW18 était vraiment une voiture bien équilibrée et ce fut la seule auto dans toute ma carrière où je me suis vraiment senti à l’aise dedans. Adrian avait fait un effort spécial sur le confort, ce qui était très sympa de sa part ! J’aurais vraiment pu m’assoir dedans, dormir et m’y sentir plus détendu que dans mon propre lit”.

Le V10 Renault RS8 à 67° fut un atout indéniable pour Williams en 1996.

La cavalerie était délivrée par le V10 Renault à 67°, qui alliait puissance et fiabilité à une époque où les moteurs cassaient encore souvent. “Elle était maniable, véloce, et le package était bon”, se souvient Hill. “Renault avait beaucoup travaillé avec Williams sur la répartition des masses, ainsi que sur l’allégement du moteur”.
Le motoriste français prêta aussi main forte à l’équipe pour réviser l’installation hydraulique, dans une tentative d’éviter tous les problèmes techniques qui avaient compromis la saison de Hill en 1995. Mais la Williams n’excellait pas que sous la carrosserie. Le bon vieil adage de la F1 : ‘Belle donc rapide’ n’avait jamais été aussi vrai qu’avec la FW18.
Elle était magnifique car minimaliste”, déclare Hill avec un sourire. “Elle avait une boite semi-automatique mais n’était pas trop sophistiquée et ne causait pas de pépins. Elle était épurée et il est toujours agréable de la voir évoluer en piste. Pour moi, cette auto est une référence en F1”.
Sans surprise, la lutte pour le titre se résuma bien vite à un duel entre les deux coéquipiers Hill et Villeneuve : “C’était une période où il n’était pas rare qu’une équipe détienne un avantage technique et qu’elle ait quasiment course gagnée avant même le début des hostilités”, se remémore Hill. “Vous pourriez dire que c’était ennuyant, et vous auriez sans doute raison, mais du point de vue du pilote, c’était une véritable chance d’avoir une voiture compétitive et on voulait en tirer le maximum. C’est bien plus facile lorsque vous avez une voiture supérieure”.

Damon Hill éprouva des difficultés pour se défaire de son néophyte d’équipier Jacques Villeneuve et remporter le titre.

La FW18 était diablement rapide, sacrément belle, et possédait la fiabilité nécessaire pour remporter les deux titres haut la main. Que demander de plus ?

F1 Racing n°165, Octobre 2012





Chronique Bruno Senna

30 09 2012

Dans cette chronique, Bruno Senna revient sur son début de saison avec Williams, sur ses relations et son futur avec l’équipe. Bruno évoque aussi ici les cours de conduite (!) qu’il suit avec assiduité, mais aussi le trophée Lorenzo Bandini, dont il vient d’être récemment lauréat, ainsi que sur l’héritage laissé par le célèbre pilote italien.

Bruno Senna sur…le déroulement de sa saison avec Williams

Cette année est vraiment dure pour moi. La courbe d’apprentissage est assez abrupte pour s’adapter aux pneus, et j’ai parfois galéré, surtout en qualif’. Ce fut difficile de réunir tous les bons ingrédients, mais à mesure que je gagne de l’expérience, je me sens de mieux en mieux à chaque course. Les quelques jours que j’ai passés en Italie plus tôt cette année m’ont rappelé à quel point j’étais un privilégié.

Sur…le trophée Lorenzo Bandini

J’ai été invité à Brisighella où j’étais nominé pour le Trophée Lorenzo Bandini, un prix attribué tous les ans à un jeune loup du sport auto. Les trois précédents lauréats étaient Nico Rosberg, Lewis Hamilton, et Sebastian Vettel, ce fut donc un véritable honneur d’y être présenté. Ce dont manque ma carrière jusqu’ici, ce sont les trophées, mais cette distinction témoigne de la foi que les gens ont en mon potentiel, et ça m’a réellement stimulé pour la seconde partie de la saison.

Lorenzo Bandini à bord de la Ferrari 312, lors du GP de France 1966, à Reims.

Lorenzo Bandini était adorable et un bon gars, et même si on voit des gens disparaitre dans notre sport, c’est bon de voir leur état d’esprit perdurer. Il est mort tragiquement lors d’un crash au GP de Monaco 1967, alors qu’il n’avait que 31 ans, mais sa sœur Gabriella assure la transmission de son héritage. J’ai eu le privilège de la rencontrer et elle s’est dite fière de me présenter à ce prix, étant une fervente admiratrice d’Ayrton.
Lorenzo pilotait des sportives telles des Ferrari, mais aussi des F1 la plupart des weekends de l’année, et il résumait à lui seul le style de vie italien. J’ai réalisé que j’étais une personne extrêmement privilégiée, car très peu de personnes ont la chance de faire ce qu’elles aiment dans la vie. Je vis un rêve éveillé, mais je veux atteindre les sommets dans la discipline, et je donne tout ce que j’ai pour y parvenir. Je vis la vie que j’ai toujours voulue : piloter une F1 et me mesurer aux meilleurs pilotes du monde. Et si je peux les battre, ce serait la cerise sur le gâteau.

Sur…sa vie au quotidien avec l’équipe Williams

Williams est une équipe très différente de toutes celles pour lesquelles j’ai eu l’occasion de piloter. Elle m’a donné la chance d’apprendre à l’abri de la pression – et ce genre d’environnement est difficile à trouver en F1. C’est une grande famille et tout le monde a le plus grand respect pour Frank. C’est le personnage central de l’écurie et une fois que vous avez fait sa connaissance, vous comprenez pourquoi. Vous pourriez penser qu’à cet âge il  profite de la vie et prend du bon temps, mais non : quand je discute avec lui, il souhaite toujours savoir comment se comporte la voiture et si on a des idées pour la rendre plus rapide.

Sur…son futur avec l’équipe

Cette année il n’y a pas d’alternative à l’expérience, mais si vous apprenez vite, vous ne pouvez que vous améliorer. Par le passé, j’ai peut-être trop favorisé la course au détriment des qualif’, mais je comprends maintenant l’importance de celles-ci. Malheureusement, j’ai dû céder cette saison le tiers de mes vendredi matin à notre 3e pilote, Valtteri Bottas. Normalement ce ne devrait pas être un problème, mais le roulage perdu est un handicap. Nous avons certes accès aux données de Valtteri, mais ça ne remplace pas le temps passé sur la piste.

Bien entouré. Malgré les diverses rumeurs d’un éventuel remplacement, Senna se sent de mieux en mieux chez Williams.

Sur…les cours de conduite de Mr. Wilson

J’ai aussi passé du temps auprès de l’instructeur légendaire Rob Wilson à Bruntingthorpe, près de Leicester, et ça m’a aidé à appréhender certaines bases de la conduite. Il ne s’agit pas d’apprendre à piloter, mais plus de comprendre les interactions entre le pneu et la piste. Mes ingénieurs s’y sont prêtés aussi et nous avons piloté toute une série de voitures de tourisme – tractions et propulsions – et le fait de faire attention aux moindres détails est une expérience inestimable. Rob est un peu une icône et il m’a beaucoup apporté.

F1 Racing n°164, Octobre 2012








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