Hamilton détonne en Italie ! – Course – GP d’Italie

10 09 2012

Hamilton a remporté le GP d’Italie, dernière manche européenne du championnat, à Monza ce dimanche, et se replace idéalement dans la course pour le titre. Son coéquipier Jenson Button a du abandonné à 19 tours du but alors que Sergio Pérez a su préserver ses enveloppes pour finir 2e, juste devant Fernando Alonso auteur d’une remarquable remontée. Red Bull a vécu quant à elle une course sans, et doit constater son premier résultat vierge de la saison. Le résumé de la course.

Le début de course : Felipe Massa intercalé entre Hamilton et Button

Le départ se faisait sans encombre et on n’observait pas de court-circuit au niveau des deux premières chicanes. Massa prenait le meilleur sur Button, qui partait du côté sale de la piste, et tentait même l’extérieur sur Hamilton au premier tournant mais sans succès. Derrière, Alonso commençait déjà à refaire son retard en gagnant trois places lors du premier tour, à l’inverse de Nico Rosberg qui dégringolait en 10e position et de Mark Webber qui chutait à la 13e place.
A l’avant du peloton, Sebastian Vettel imprimait d’emblée un rythme effréné pour passer Michael Schumacher dès le 4e passage. Alonso lui emboitait le pas en se défaisant du septuple champion du monde trois boucles plus tard.
En tête de course, on constatait un statu quo avec Hamilton passant la ligne de chronométrage avec 2.6s d’avance sur Massa au 8e tour, ce dernier devançant Button.
Derrière, on assista à un remake de la faute de Romain Grosjean en Belgique, lorsque Paul di Resta se rabattit sur Bruno Senna à l’abord de la Variante della Roggia. Cependant, les torts étaient partagés dans cette affaire, di Resta n’ayant certes pas suffisamment prêté attention à ses rétroviseurs et Senna tentant un freinage tardif par l’extérieur assez optimiste alors que le virage était pour l’Écossais. Avertissement sans frais avec un beau tout droit du pilote Williams à la chicane, suivi d’un retour en piste dangereux en coupant la trajectoire d’un Webber arrivant pleine bourre derrière lui…
Plus loin dans la hiérarchie, Jean-Éric Vergne sortait spectaculairement de la piste au 10e tour, victime d’une rupture de suspension au premier gauche-droite. La Toro Rosso du Français, devenue incontrôlable à une vitesse de 300km/h, se retrouva en perdition et en travers à l’entrée de la chicane et percuta violemment le vibreur intérieur, décollant littéralement pour finir sa course quelques mètres plus loin. Là encore, le natif de Pontoise s’en tire simplement avec quelques douleurs au dos suite à l’impact vertical subi à l’atterrissage.
A l’approche des premiers arrêts, Hamilton poursuivait sa course en solitaire, suivi de Massa qui bouchonnait Button.

Red Bull donne des ailes ! Jean-Éric Vergne s’est fait peur suite à cette terrible sortie de piste.

Les premiers pitstops

Rosberg était le premier à passer par la case stand au 15e tour, alors que devant le classement semblait bien établi, avec Hamilton profitant de l’aubaine Massa, suivi de Button, Vettel 4e et Alonso déjà 5e. Le « bouchon Massa« , dont la perte des données télémétriques laissa le garage Ferrari dans l’expectative, finissait finalement par sauter au 19e tour, et fut le signal clair que les pneus medium commençait à se détériorer. La plupart des leaders semblait se diriger vers une stratégie à un seul arrêt, troquant ainsi leurs pneus medium contre des durs.

Trouble fait…de voir Massa jouer les troubles-fêtes. Le Brésilien s’est rappeler aux souvenirs de tous à Monza.

Pastor Maldonado faisait tomber les meilleurs tours les uns après les autres suite à son changement de pneus, bénéficiant d’une piste libre devant lui. Vettel passait Alonso dans les stands au tour 21 et enclenchait une remontée sur Massa 3e. Le leader Hamilton rentrait bien aux stands au 24e tour, mais ce sont les deux leaders du championnat qui taillaient la route pour refaire une partie de leur retard, passant successivement Daniel Ricciardo puis Senna. Alonso opéra ensuite une manœuvre très osée, tentant de faire l’extérieur à Vettel pour le gain de la 5e place dans la grande courbe rapide précédant la Variante della Roggia. Vettel le serra sans ménagement, forçant le pilote espagnol à mettre les quatre roues dans l’herbe et a joué d’habilité pour conserver la maitrise de son pur-sang. Cette action dangereuse de la part du double champion du monde en titre ne resta pas longtemps impunie, Vettel subissant une double peine en se faisant déposer par Alonso au 29e tour et en écopant d’une pénalité drive through trois boucles plus tard.
On peut remarquer ici un certain parti pris en faveur de la Scuderia, surtout lorsque l’on sait qu’Alonso avait adopté le même comportement l’année dernière, face au même adversaire, strictement au même endroit, et n’avait aucunement été pénalisé, ce qui n’avait cependant pas empêché Vettel de poursuivre bille en tête sa manœuvre avec deux roues hors piste et au final prendre l’avantage. Il faut dire que nous étions aujourd’hui sur les terres de Ferrari avec un commissaire de course italien : Emanuele Pirro, ancien pilote de F1 entre 1989 et 1991.
En haut de la hiérarchie, Sergio Pérez était un bref leader avant d’effectuer son arrêt au 30e tour, après avoir une nouvelle fois fait étale de son talent ainsi que celui de sa Sauber dans l’économie de ses pneus. A noter que le Mexicain était le seul des pilotes de tête à avoir opté pour une stratégie inversée, à savoir pneus durs dans le premier relai puis pneus medium dans le second.

Rude(s) bataille(s) dans le peloton

McLaren semblait dès lors s’acheminer vers un doublé facile en terres italiennes. Mais il n’en fut rien et les ennuis commencèrent lorsque Button du se ranger sur le bas côté de la piste à l’abord de la Parabolica, en raison d’une pompe à carburant en panne. Les deux Ferrari s’installaient alors sur le podium virtuel, avec Massa 2e mais disposé à laisser passer son équipier Alonso.

Kimi et Sergio ont assuré le spectacle dans le peloton.

Derrière, Kimi Räikkönen et Pérez se livraient à une véritable bataille de chiffonniers au 36e passage pour l’obtention de la 5e place, le dernier cité prenant l’ascendant à la deuxième chicane, mais Kimi lui rendant immédiatement la monnaie de sa pièce avant d’entrer dans les deux Lesmo. Pérez passait définitivement au tour suivant à la première chicane en faisant l’extérieur.
Vettel revenait lui du diable Vauvert et passait son coéquipier Webber au 38e tour. Dans le même temps, Rosberg se débarrassait de Räikkönen, en délicatesse avec ses gommes.

La fin de course : une hécatombe doublée d’une sublime charge de Pérez

Par ailleurs, Massa laissait Alonso prendre tranquillement l’avantage via l’utilisation du DRS au 40e tour, alors que Pérez revenait comme un boulet de canon avec ses gommes tendres, à raison de 1 à 1.5s au tour, et établit le contact dès le 42e passage avec les deux Ferrari. Massa ne put résister et fut doublé au tour suivant, et Alonso subissait le même sort trois boucles plus tard.
Avec un rythme de 1.5s plus rapide qu’Hamilton, 11 secondes d’écart et 7 tours restants, Pérez se lançait dans une dernière charge afin de faire tomber le roi Hamilton de son trône. Las, ce dernier ne tarda pas à hausser le ton pour parer à toute éventualité malgré le gouffre qui le séparait du pilote Sauber.

A pied. Vettel a du descendre de son taureau rouge dans ce rodéo italien.

Plus loin, Vettel était subitement coupé dans son élan et devait se retirer de la course sous les ordres de son ingénieur de course Guillaume Rocquelin : une sérieuse anomalie au niveau de l’alternateur venait apparemment d’être détectée et il fut demandé au pilote allemand de préserver son moteur en vue des prochaines échéances. Webber de son côté, fut sans doute informé de ce bris mécanique et reçu comme consigne de lever le pied afin de ne pas subir le même sort que son équipier. Mais pour lui aussi la situation se dégrada rapidement, l’Australien voyant Schumacher n’en faire qu’une bouchée avant de se louper complétement à la sortie de la chicane rapide d’Ascari au 50e tour, puis d’abandonner, en même temps que Nico Hulkenberg à deux tours du drapeau à damiers.

Seul aux commandes depuis le début de la course, Hamilton s’impose donc logiquement à Monza après avoir déroulé tout l’après-midi sans jamais n’avoir été réellement inquiété. Le Britannique signe ici la troisième victoire de rang de McLaren. Pérez, en dépit de tous ses efforts doit se contenter d’une très belle 2e place et décroche ainsi son troisième podium de la saison. Les Ferrari finissent quant à elles en formation, 3e et 4e, Alonso réalisant une nouvelle fois la bonne opération au championnat en creusant l’écart avec maintenant 37 points d’avance sur le 2e au général.
Räikkönen finit 5e et prend la 3e place au championnat pilote, alors que Schumacher termine 6e et premier des pilotes calés sur une stratégie à deux arrêts. Son coéquipier Rosberg arrive juste derrière en 7e position, Paul di Resta bouclant ce GP 8e, suivi par Kamui Kobayashi et de Senna qui s’empare du dernier point pour Williams.

Meilleur tour : Nico Rosberg, Mercedes, 1:27.239

Red Bull Racing déplore quant à elle son premier zéro pointé et double abandon de la saison, et voit fondre son avance face à McLaren comme neige au soleil, cette dernière qui aurait d’ailleurs pu charger davantage la mule si Button n’avait pas abandonné en fin de course. Ce dernier a d’ailleurs sans doute dit adieu hier à ses espoirs de titre, relégué à présent à 78 points d’Alonso (soit plus de trois victoires à sept courses du terme de la saison).
Au classement constructeurs, on se dirige vraisemblablement vers un duel entre Red Bull et McLaren, l’écurie anglaise se rapprochant à 29 petites unités de sa consœur autrichienne.





Interview Franz Tost

4 09 2012

Nous avons questionné le patron de Toro Rosso sur la controverse liée à son nouveau line-up, le développement de la voiture 2012, les pneus Pirelli, et sur la nouvelle réglementation moteurs 2014

Nous sommes à mi-saison : quel regard portez-vous sur le parcours de STR jusqu’ici ?

Au début de la saison nous étions vraiment compétitifs – à Melbourne Daniel Ricciardo a fini 9e et en Malaisie Jean-Eric Vergne a terminé 8e. Jusqu’ici je dirais que les gars font le boulot. Comme vous pouvez le voir Daniel est un peu plus rapide grâce à ses onze courses de l’an passé, alors que Jean-Eric est un pur rookie. Mais tous les deux vont dans le bon sens. Ils sont tous deux très talentueux et je pense qu’ils vont nous sortir quelques belles perf’ dans la seconde partie de saison. Du côté de l’équipe, il est clair que nous devons améliorer la voiture. Les débuts ont été bons, mais nous avons subi une baisse de performances depuis quelques courses.

Comment expliquez-vous cela ? Les autres équipes progressent-elles trop vite ou vous êtes vous trompés de direction ?

Je ne pense pas que ça vienne de nous. Nous avons bien fait des progrès de l’ordre de 0.2s, mais le souci est que nos concurrents ont eux gagné 0.3-0.4s. C’est pourquoi nous restons derrière. Et vu que les écarts n’ont jamais été aussi minces, repasser devant est difficile – nous devons donc trouver des solutions.

Certains disent qu’il est difficile de développer une voiture avec des pilotes inexpérimentés…

C’est sûr que ça joue, mais ce serait une excuse trop facile. Non, non, nous devons simplement fournir aux gars une bonne auto compétitive et ils seront dans le coup.

Les résultats de vos deux pilotes actuels justifient-ils les remplacements de Sébastien Buemi et Jaime Alguersuari ?

Il est un peu tôt pour le dire. Mais je maintiens qu’il faut deux saisons pour évaluer les progrès d’un pilote. Arriver en F1 est une chose. Rester en F1 et hausser son niveau de jeu en est une autre. La balle est dans le camp des pilotes – et nous les supportons, bien entendu. Il nous faut leur fournir le meilleur package, et je suis sûr qu’ils feront du bon boulot car ils ont montré un bon potentiel dans les formules de promotion.

Daniel Ricciardo (gauche) et Jean-Éric Vergne forment le nouveau duo de STR cette saison.

Il semble que les teams ont des difficultés à appréhender les pneus 2012 – est-ce le cas ?

Ce n’est pas facile, mais ça ne l’a jamais été. Lors de la guerre des pneus, des problématiques similaires étaient déjà présentes. Aujourd’hui aussi, il faut réfléchir à comment éviter le graining et la surchauffe des pneus, ainsi que gérer l’usure de ces derniers. Au niveau de la stratégie de course, rester en piste trop longtemps peut être néfaste. C’est une facette de la stratégie – de s’arrêter au moment opportun, et pas seulement de le faire en même temps que vos adversaires.

Mais les pneus rendent les choses plus intéressantes pour les fans…

Actuellement nous avons des courses excitantes car vous ne pouvez prédire qui sera le vainqueur comme c’était le cas avant. Ca change et c’est bon car la F1 c’est du spectacle.

Êtes-vous confiant dans l’avenir de Toro Rosso ? Il a été question par le passé d’un potentiel rachat…

Vous me l’apprenez. Fort heureusement nous sommes liés à Red Bull et j’espère que ça restera ainsi. Ça dépend aussi de la façon dont on s’en sort. J’espère que nous allons continuer à progresser et devenir une équipe hautement compétitive.

La réduction des coûts est un sujet récurrent en F1 en ce moment. Quel impact ce type de mesures peuvent-elles avoir sur une équipe comme STR ?

C’est très important. Les coûts en F1 doivent baisser. Il n’est pas nécessaire de dépenser des centaines de millions – on peut très bien faire avec moins. Il faut garder à l’esprit que c’est un ensemble qui est en jeu : actuellement nous sommes en train de discuter pour réduire les coûts des châssis, mais pas du système de transmission. Or en 2014, ce dernier nous coutera une fortune. J’espère qu’on va trouver rapidement une solution.

Flou artistique. Toro Rosso s’est quelque peu perdue dans ses réglages cette année.

Un autre souci potentiel lié au changement de moteur est qu’un constructeur pourra fournir un bloc qui soit bien meilleur que les autres…

C’est une autre question épineuse. A l’heure actuelle la puissance des moteurs est à peu près similaire. Mais en 2014 il se pourrait qu’un V6 soit au dessus du lot et que les voitures en bénéficiant soient devant. C’est le risque d’introduire un nouveau moteur.

Cela vous choque-t-il qu’on change de telle façon une formule gagnante ?

Oui, mais il faut voir plus loin. Le V8 en tant que moteur n’est plus au niveau en termes de respect de l’environnement et de consommation. On ne peut l’ignorer. De ce point de vue je trouve que la FIA a fait le bon choix. Un moteur 1.6l, de faible cylindrée et doté d’un turbo constitue  l’avenir et c’est important que la F1 soit pionnière en la matière. Mais niveau spectacle je ne sais pas ce que ça va donner.

F1 Racing n°163, Septembre 2012





Mercedes résout le casse-tête chinois ! – Course – GP de Chine

15 04 2012

Enfin ! Après 111 courses d’attente, Nico Rosberg remporte sa première course en F1 après avoir mené pour ainsi dire de bout en bout le GP de Chine. Pour Mercedes, c’est une première victoire depuis 1955 et le soulagement de voir ses problèmes de pneus résolus. En effet, point d’interrogation hier à la suite des qualifications, la W03 a non seulement effectué un véritable bon en avant dans ce domaine, mais s’est en outre payée le luxe de réaliser un pit-stop de moins que ses adversaires directs, les McLaren de Jenson Button et Lewis Hamilton, qui complètent le podium.

Le début de course

On aurait pu craindre que le stress de partir pour la première fois depuis la première place de la grille allait compromettre le départ de Rosberg, mais c’est finalement Kamui Kobayashi, 3e sur la grille, qui éprouvait le plus de difficultés à s’arracher de sa stalle de départ. Le Japonais perdait de nombreuses places à la suite du premier enchainement, au contraire de Button qui surgissait de la 5e position pour s’emparer dans les premiers hectomètres de course de la 3e place, dans les échappements de Michael Schumacher. Sebastian Vettel de son côté, en dépit de pneus tendres et d’un départ sur la partie propre de la piste, dégringolait de la 11e à la 14e place.

Les voitures équipées de moteur Mercedes auront globalement survolé la course.

Le fils de Keke Rosberg imprimait d’emblée le même rythme des qualifications, reléguant à environ une demie-seconde par tour son multiple champion du monde d’équipier. La grande question était alors de savoir si les Mercedes allaient tenir ce tempo tout au long de la course. Il ne fallut pas attendre plus tard que les premiers arrêts aux stands pour avoir la réponse : les McLaren stoppaient aux alentours du 12e tour alors que Rosberg opérait son premier pit-stop trois passages plus tard, au 15e tour : la firme à l’étoile avait trouvé la clé à ses problèmes de pneumatiques !
Malheureusement pour Schumacher, ledit premier arrêt lui fut fatal, eu égard à un écrou de roue mal fixé sur la roue avant droite. L’Allemand regagnait les stands et s’enquérait le plus vite possible des performances de son coéquipier Nico.

Mercedes : le grand bon en avant

Dès lors, la plus grande menace pour Rosberg semblait être Jenson Button, à l’affut et réputé pour sa capacité à gérer ses pneus.

Mercedes a enfin réussi à maitriser l'usure des Pirelli, et de quelle manière !

Ayant à l’esprit le scénario du GP de Chine 2011, où la stratégie victorieuse s’était avérée être celle à 3 arrêts (Hamilton, munis de gommes neuves, avait pris ainsi le dessus sur Vettel, dont les pneus se désagrégeaient, à trois tours du but), Button, Hamilton et Webber appliquèrent une stratégie à trois pit-stops, pensant que Mercedes allait faire de même.
Mais c’était omettre que le climat cette année était bien plus frais, et que le tracé chinois n’allait pas être aussi exigeant que l’an passé. Le fait que Rosberg repartait dès son premier passage par les stands en pneus médiums aurait pourtant du mettre la puce à l’oreille des écuries McLaren et Red Bull, qui elles avaient rechaussé des pneus tendres pour un relai supplémentaire.

Les poursuivants de Rosberg s’engluèrent de facto dans le trafic, et plus particulièrement derrière Felipe Massa et Sergio Perez, un temps à la première place, perdant un terrain considérable. De son côté, le pilote Mercedes rescapé économisait ses pneus en n’ayant à se bagarrer avec personne, jouissant d’une fenêtre de température d’utilisation des pneumatiques optimale (23°, comme les qualifications de la veille). Pas même le fait d’avoir chaussé une gamme plus dure et donc moins abrasive ne l’affecta, le stratège de Mercedes Ross Brawn rappelant au bon souvenir de tous que Pirelli avait resserré les différentiels de performances entre les différentes gammes qu’elle proposait cette saison.
Tous ces facteurs rassemblés permettaient à Rosberg de se maintenir sur une stratégie à deux arrêts, qui devint évidente aux yeux de tous lorsque celui-ci entrepris son second pit-stop au 35e tour et remontait des pneus médiums, alors que Button devait patienter jusqu’au 40e tour pour réaliser son troisième et dernier arrêt.

Preuve que la stratégie payante était l’inverse de celle de l’année dernière : la très belle remontée de Vettel qui, un temps 14e, se fraya un chemin jusqu’à la deuxième place jusqu’à quelques encablures de l’arrivée. Las, le double champion du monde ne disposait au contraire de Rosberg d’aucune marge d’erreur, et lorsque ses pneus se dégradèrent, le pilote Red Bull ne put contenir la pression des deux McLaren et de son équipier Mark Webber, tous trois le passant à quelques tours de l’arrivée. Ce baroud d’honneur aura eu au moins le mérite de certifier que le rythme de course de la RB8 est bien meilleur que sa rapidité sur un seul tour lancé.
Car, outre la stratégie à deux arrêts, c’est bien le timing du second pit-stop qui importa durant cette épreuve : réaliser deux arrêts oui, mais réaliser le dernier arrêt suffisamment tard pour conserver un rythme de course décent jusqu’à la fin du GP.

Vettel, malgré une belle remontée, aura souffert sur la fin de course, chutant de 3 places lors des derniers tours.

En témoigne Kimi Raïkkönen, qui connut une fin de course pire encore que celle de Vettel. Le Finlandais, qui évolua aussi durant un moment à la deuxième place, avait axé sa stratégie sur deux arrêts mais avait effectué son dernier passage par les stands bien trop tôt pour préserver ses gommes jusqu’au drapeau à damier.
Iceman se vit alors rejeter au fil des tours hors des points, pour terminer sa course à une distante 14e place. Son coéquipier, Romain Grosjean, sur deux arrêts, faisait lui le chemin inverse pour finir en trombe la course à une probante 6e place, et pour marquer ses premiers points dans la discipline, près de trois ans après ses débuts.

Grosjean a inscrit les premiers points de sa carrière F1 en Chine.

Un peu plus loin dans le peloton, Williams confirme sa bonne forme du moment et affirme elle aussi sa rapidité sur toute une course en supplantant Ferrari, Sauber et Force India, et démontre aussi qu’elle peut compter sur un rythme de course meilleur que la moyenne. En effet, l’écurie de Grove, 7e force des qualifications (Pastor Maldonado et Bruno Senna ont trusté la 7e ligne), est devenu ni plus ni moins la 4e force du plateau en enlevant les 7e et 8e places lors de la course.
Plus bas dans le classement, Sauber ne peut rééditer le même exploit qu’en Malaisie, Kobayashi terminant 10e et Perez 11e. Massa résorbe une partie du retard qui le sépare d’Alonso (9e de la course), mais ce n’est toujours pas suffisant pour intégrer le top 10. Le Brésilien finit à la 13e place, à seulement cinq secondes de son coéquipier espagnol.
Les Force India et les Toro Rosso ont quant à elles complètement manqué leur weekend chinois, en terminant hors des points, alors que Caterham, Marussia et HRT ferment comme à leur habitude la marche. Chez Toro Rosso, les modifications apportées sur la voiture ont été contreproductives, à tel point que Jean-Éric Vergne a souhaité revenir à l’ancienne spécification de sa voiture. Bien lui en a pris : le Français a terminé devant son coéquipier Daniel Ricciardo en course !

Un championnat qui s’annonce très disputé

Cette victoire au GP de Chine représente la dixième en F1 du constructeur de Stuttgart, la première depuis 1955 ! Du point de vue du championnat, Hamilton se hisse en tête du classement, prouvant que la régularité sera à n’en pas douter la clé du succès cette saison, à plus forte raison quand on constate que trois pilotes et trois équipes différentes se sont partagés les trois premières courses de la saison.
Mercedes fait à présent figure de prétendante au titre, étant donné qu’elle a non seulement réussi à résoudre ses problèmes de pneumatiques, mais qu’elle a vu aussi son F-duct passif validé pour de bon par la FIA ce weekend.

Enfin, pour faire suite à notre article traitant du GP de Bahreïn, ce dernier a été officialisé ce weekend par la FIA, qui n’a pas souhaité s’étendre sur le sujet. A l’annonce du maintien du GP, les violences ont repris de plus belle dans le petit îlot du golfe Persique. Il ne reste plus qu’à espérer que ce prochain GP ne fasse pas de victime, de quelque bord que ce soit…

Meilleur tour : Kamui Kobayashi, Sauber C31 : 1:39.960





Bilan des deux premiers GP de la saison – Débriefing – Grand Prix d’Australie et Grand Prix de Malaisie

9 04 2012

Soyons clair : le début de cette nouvelle saison tient toutes ses promesses et augure d’un championnat riche en rebondissements. En effet, si d’un point de vue hiérarchique McLaren semble avoir mis un terme à l’hégémonie de Red Bull, Lotus, Mercedes, Sauber et Williams ne sont pas en reste et promettent d’animer le peloton cette année. En outre, 2012 sera l’année des révélations : sportive avec un Sergio Perez tout feux tout flamme qui est en train « d’exploser » chez Sauber, mais aussi technique, avec la (ré-)introduction du F-duct (et W-duct) de Mercedes, tant controversés. Rapport des forces en présence suite aux deux premières courses du championnat.

McLaren : l’art n’est pas mort !

Difficile de tirer des conclusions précises à ce stade de la saison. Le constat le plus évident, et peut-être le plus rassurant, consiste dans la relative supériorité des McLaren-Mercedes. En effet, l’écurie de Woking, qui a choisi sciemment de naviguer à contre-courant en refusant la philosophie des « marches » sur le museau des voitures, a tout simplement réalisé un carton plein en qualifications sur les deux premières épreuves, en monopolisant à chaque fois la première ligne de la grille.
Jenson Button, après avoir décroché une très belle victoire en Australie, aurait tout aussi bien pu viser le même résultat à Sepang s’il n’avait pas croisé le chemin de Narain Karthikeyan. Le Britannique avait en effet, comme cela est en train de devenir une habitude désormais, réussi à dénicher la bonne stratégie dans des conditions météorologiques très changeantes. Malheureusement, son incartade avec le pilote indien l’a relégué en dehors des points, mais au vue de la bonne forme de la MP4-27 et des nouveaux pneus Pirelli à « haute dégradation », on peut estimer que ce n’est que partie remise.

Sans cet accrochage stupide avec Karthikeyan, Button aurait pu prétendre à la victoire à Sepang.

De l’autre côté du garage McLaren, Lewis Hamilton témoigne toujours d’une pointe de vitesse exceptionnelle et d’un sens de l’attaque particulièrement aiguisé en qualifications. Las, cet avantage sur un tour se métamorphose en inconvénient le dimanche avec les nouveaux Pirelli, souffrant du pilotage agressif de l’Anglais. Ce dernier doit encore progresser sur cet aspect capital des courses modernes et parvenir à remobiliser l’équipe autour de lui, comme ce fut le cas à ses débuts en 2007/08/09. S’il n’y parvenait pas, nul doute que la tentation d’aller voir si l’herbe est plus verte  ailleurs en 2013 se fera ressentir…

Red Bull : une première banderille pour le taureau rouge

Il s’agit là de la première zone d’incertitude de ce début de saison. Après la suprématie des taureaux de Milton Keynes en 2010 et 2011, on savait que cette nouvelle saison allait être le témoin d’une corrida acharnée. Et après les GP d’Australie et de Malaisie, il semble bien que les toréadors soient parvenus à faire mettre un genou à terre à l’écurie double championne du monde en titre. Mais attention : une bête blessée reste toujours dangereuse.

Le coup de chaud de Kuala Lampur a quelque peu refroidi les prétentions de Vettel en ce début de saison.

Red Bull semble souffrir en ce début de saison de l’interdiction du diffuseur soufflé, autrefois apanage et fierté d’Adrian Newey. Cependant, la belle remontée de Sebastian Vettel en Australie, où il se fit un chemin depuis la 6e place jusqu’à la deuxième marche du podium, ainsi que sa superbe qualification, en pneus durs en Malaisie, soulignent que l’Allemand est disposé à remettre l’ouvrage sur le métier et que sa voiture, si elle n’est peut-être pas la F1 ultra-dominatrice des deux dernières saisons, sera à n’en pas douter dans le coup cette année.
Il sera intéressant de voir la réaction de Vettel après ce début de championnat quelque peu laborieux, et d’observer plus particulièrement son comportement dans des conditions difficiles et dans un environnement très concurrentiel. On a souvent entendu dire que Vettel ne détenait aucun mérite à voguer vers la victoire en partant tranquillement depuis la pole position à chaque GP. Celui-ci se voit offrir une opportunité de tordre le cou à ces préjugés. Il doit pour cela continuer à souder l’équipe autour de lui et regagner son sang-froid, c’est à dire en n’adoptant pas de réactions disproportionnées lorsque un grain de sable vient troubler son plan de marche. En effet, l’Allemand ne doit pas réitérer ses agressions verbales observées envers Karthikeyan suite à l’accrochage qui a ruiné la course en Malaisie, et se reconcentrer pour remédier au plus vite aux petits problèmes que rencontre le châssis de la RB8.

Ferrari : l’arbre qui cache la forêt

On n’aimerait pas se retrouver dans la position actuelle des membres de l’équipe Ferrari : une disette de titre constructeurs depuis 2008, et de titre pilote depuis 2007 et le sacre de Kimi Raïkkönen ! Aberrant pour une marque aussi prestigieuse et jouissant de moyens financiers et techniques à nul autre pareil. La restructuration de l’équipe entamée avec le limogeage du directeur technique Aldo Costa au profit de Pat Fry, en provenance de McLaren, n’a pas encore porté ses fruits et le cheval cabré semble même s’être totalement fourvoyé en s’obstinant à adopter une philosophie radicale pour la conception de la F2012.
Cependant, les premiers résultats de la saison, quel qu’ils soient, doivent être pris avec des pincettes. En effet, la contre-performance enregistrée en Australie, sur un circuit pour le moins atypique et non représentatif de la plupart des tracés, et la victoire de Kuala Lampur, glanée dans des conditions météos versatiles, ne permettent pas de se faire une idée exacte de la véritable valeur du nouveau pur-sang de Maranello. Les saisons passées, les monoplaces rouges souffraient d’un sous-viragechronique qui déséquilibrait la voiture.

'La victoire ne change rien,' a déclaré un Fernando Alonso réaliste au soir du GP de Malaisie.

Or, avec les nouvelles réglementations 2012 conférant aux nouvelles voitures une propension au sur-virage, on pourrait penser que la nouvelle Ferrari ai trouvé un nouvel équilibre naturel, et que les déclarations du staff italien, estimant ne pouvoir viser le titre cette année, ne soit que de l’intox et une façon d’avancer masqué. A voir. Reste qu’entre le GP de Malaisie et le GP de Chine, la Scuderia dispose de trois bonnes semaines pour phosphorer et apporter des premières améliorations sur la voiture.
Après tout, pour une équipe supposée être « à la rue », Ferrari et surtout son pilote numéro 1 Fernando Alonso ont plus que sauvé les meubles : l’Espagnol trône en tête du classement pilotes et la Rossa occupe la 3e place du championnat constructeur, à 20 longueurs de McLaren et à 7 petits sésames de Red Bull.

Mercedes : le talon d’Achille : les pneus

En termes de vitesse pure, la firme à l’étoile a opéré un bond en avant indéniable cette année. En qualifications, les flèches d’argent représentent sans doute à l’heure actuelle la deuxième force du plateau, grâce à l’implémentation d’un nouvel F-duct « passif », qui permet, en actionnant le DRS (Drag Reduction System), de libérer deux petites canalisations situées à l’intérieur de l’aileron arrière afin de rediriger le flux d’air sur l’avant de la monoplace et de caler/stabiliser l’aileron avant et réduire par conséquent  les turbulences à la sortie de celui-ci.

Le F-duct "passif" est-il légal ? Réponse définitive au GP de Chine.

Cependant, en course la Mercedes W03 souffre d’un grave problème au niveau des pneus. En effet, la monoplace argentée est extrêmement gourmande et exigeante vis-à-vis des nouvelles gommes Pirelli. Par conséquent, les Mercedes connaissent une chute mirobolante de leur performance entre les qualifications et la course. Un seul point grappillé lors des deux premières manches et une 9e place au championnat constructeurs absolument pas représentative des capacités tacites de la W03
Au moins les axes d’amélioration sont clairs pour l’écurie de Brackley lors de cette trêve de trois semaines. Cependant, il ne faut pas occulter les remarquables performances de Michael Schumacher, qui a renvoyé à deux reprises en deux séances de qualif’ son équipier Nico Rosberg à ses chères études. Le septuple champion du monde semble avoir trouvé une seconde jeunesse, et il est vraiment dommage que sa course ait été écourtée à Melbourne en raison d’un problème de boite de vitesses, et que sa course malaisienne soit compromise suite à un accident avec Romain Grosjean.
En somme, si Mercedes parvient d’ici Shanghai à pallier à ses problèmes de pneus, ses problèmes mécaniques et ne soient pas l’objet d’accrochages stupides, alors tous les espoirs seront permis, y compris ceux de podiums et de victoires

Lotus : tout à gagner

Encore une zone d’ombre. Personne n’oserait dire que la nouvelle Lotus n’est pas dans le coup cette saison, mais comme c’est le cas pour d’autres écuries, l’équipe d’Enstone a peiné à concrétiser en résultats tangibles ses belles prestations en qualifications. Les 3e et 5e places de Grosjean lors des deux premières séances de qualif’ semblent démontrer que Lotus F1 Team se partage le titre honorifique de 3e force du plateau avec Mercedes. Mais là encore, nous ne parlons que de classement virtuel, car en course le pilote français n’a jamais pu couvrir plus de deux tours. Difficile donc de connaitre la véritable valeur de la voiture sur toute une course, même si Romain assure que des podiums réguliers représentent des objectifs réalistes.

A contresens. Grosjean a fait preuve d'une grande célérité pour son retour, mais a aussi souvent confondu vitesse et précipitation.

Dans le même ordre d’idée, Raïkkönen aurait-il pu se battre pour le podium en Australie et en Malaisie s’il n’avait pas été pénalisé lors de ses deux séances de qualifications ? Et s’il n’aurait pas fait l’objet d’un KERS défaillant en Malaisie et de problèmes de direction récurrents sur la Lotus ? Une perte de temps dans les stands en Australie l’a empêché de boucler un tour pour se hisser en Q2 et une pénalité de 5 places sur la grille en Malaisie, suite à un changement de boite de vitesses, ont compromis les courses d’Iceman, en dépit de belles remontées dans les deux cas. On a hâte de voir le résultat lorsque Grosjean ne commettra pas d’impairs et que Raïkkönen débutera un GP à une place réellement représentative de sa pointe de vitesse.
De nouveaux enseignements arriveront peut-être plus tôt que prévue, dès le GP de Chine par exemple…

Le retour de  la théorie du complot…

L’erreur de Sergio Perez alors que celui-ci talonnait Fernando Alonso à six tours du drapeau à damier du GP de Malaisie a fait couler beaucoup d’encre. Et pour cause : des suspicions sont d’emblée apparues quant à la véritable volonté de l’écurie helvétique d’aller chercher la première place au détriment de son fournisseur de moteurs… Ferrari, d’autant plus que le Mexicain venait de recevoir un message radio équivoque : Checo [surnom donné à Sergio Perez, NDLR], fais attention, nous avons besoin de ce résultat’. La lumière ne sera jamais faite sur cette affaire, mais ce scénario demeure peu probable à l’heure où le cheval cabré ne joue pas le titre. De plus, le fait que Perez et Sauber échouent à la deuxième place semble davantage le fait d’une succession de petites erreurs de « débutant ».

La course était déjà perdue pour Sauber avant l'erreur du Mexicain au 50e tour.

Rappelons-nous que le pilote mexicain n’en est qu’à sa seconde saison en F1 et que l’équipe suisse, en dépit d’une présence sur la grille proche de 20 ans, ne s’était jamais retrouvée en position de jouer la gagne. Face au double champion du monde Fernando Alonso et à l’équipe chevronnée du Cavallino Rampante, cela représentent des déficits d’expérience considérables.
Sergio Perez n’a en effet pas perdu le GP au moment de son écart de trajectoire : une première erreur a été produite lors de son changement de pneus au 41e tour. Le Mexicain avait alors le choix entre deux options gagnantes : soit rentrer plus tôt qu’Alonso pour chausser des slicks et claquer des tours ultra-rapides alors que l’Espagnol voyait ses intermédiaires partir en déconfiture sur une piste s’asséchant, soit à l’inverse retarder d’un tour supplémentaire son pit-stop afin de bénéficier de l’avantage de pneus à température alors qu’Alonso devait lui s’employer à chauffer ses slicksSauber a finalement opté pour une stratégie conservatrice qu’on ne pourra lui reprocher au regard de son manque d’expérience. L’écurie suisse a en effet choisi une 3e option, médiane mais surtout de « suiveuse », s’empressant de faire rentrer Perez un tour après Alonso, calquant sa stratégie, avec un temps de retard, sur la Scuderia.
Deux autres erreurs, toujours dans les stands : des problèmes d’embrayage lorsque la C31 a été relâchée de son emplacement, puis un premier virage mal négocié par le Mexicain, qui lui ont valu de précieuses secondes. Pour finir, pourquoi avoir envoyé un message codé à Perez alors que les consignes de course ont été  ré-autorisées récemment ? Ce message ne devait pas signifier une interdiction de dépasser la Ferrari, mais simplement de redoubler de vigilance sur une piste piégeuse alors que Sauber se dirigeait vers le meilleur résultat de son histoire.

Massa dans le rouge ?

Rien ne va plus pour le Brésilien : distancé en Australie en raison de problèmes de châssis, Massa n’a été que l’ombre de lui-même en Malaisie alors que son équipier Alonso triomphait des éléments pour conquérir une victoire inespérée au volant de la rétive F2012. Cette fois-ci, la faute incombait aux pneus Pirelli. Si la Scuderia fait front avec le natif de Sao Paulo devant les média, de nombreuses questions se font jour quant à la capacité du Brésilien à terminer sa saison chez Ferrari. Effectivement, alors que Felipe galérait en queue de peloton avec les Caterham, Perez, issu de la filière des jeunes pilotes Ferrari est-il nécessaire de le rappeler, menait la vie dure à Alonso. Comme un contraste… et tout cela sur une « modeste » Sauber.

Massa doit faire face à de nombreuses critiques en ce début de saison.

2012  pourrait donc donner lieu à un véritable shootout contre le pilote brésilien, qui officie au sein de la Rossa depuis 2006. La volonté de Ferrari de rafraichir son line-up, et l’opportunité de tester Jules Bianchi (bientôt un quatrième pilote français en F1 ?) en conditions de course chez Sauber, si Perez venait à être promu pilote Ferrari, constituent des arguments suffisant pour justifier le renvoi de Felipe Massa.
Néanmoins, il est probable que la Scuderia attende d’abord une réaction de son second pilote à la suite du break de trois semaines qui sépare le GP de Malaisie du GP de Chine. De même, le possible remerciement de Massa représenterait ni plus ni moins une rupture abusive de contrat, et nuirait à la stabilité de l’équipe, ce dont Ferrari se passerait bien à l’heure où ses performances implicites sont en berne. Il semble évident que Felipe n’effectuera pas une huitième saison en rouge, mais si le Brésilien parvient à redresser la barre durant les prochaines courses, il pourra alors envisager d’aller au bout de son engagement avec le Cavallino Rampante.

Ça bouge dans le peloton

Passées les têtes d’affiche, d’autres bonnes surprises sont à signaler en ce début de saison. Williams tout d’abord, qui a fait montre d’une bonne pointe de vitesse, par exemple lorsque Maldonado a suivi sans aucun mal la Ferrari d’Alonso durant de nombreux tours sur l’Albert Park, ou bien lorsque Bruno Senna est remonté des tréfonds de la grille jusqu’à une probante 6e place en Malaisie. Il est simplement dommage que Maldonado ai du abandonner à un tour du but lors des deux GP, en raison d’une erreur de pilotage en Australie, puis d’une casse moteur à Sepang. Les résultats de l’écurie de Grove laissent apparaitre en filigrane une dynamique positive, tout autre que celle observée en 2011, où Williams n’avait inscrit que 5 points au championnat constructeurs. Il n’aura fallu en effet que deux courses en 2012 pour que l’équipe anglaise dépasse son score de l’an passé…Tout est dit.

Caterham et Williams semblent avoir revu leurs objectifs respectifs à la hausse cette saison.

Plus bas dans la hiérarchie, Caterham commence à toucher les fruits de son travail en s’approchant très clairement du ventre mou du peloton. Ainsi, Heikki Kovalainen a réalisé en Malaisie un tour de qualification situé à seulement trois dixièmes de Jean-Éric Vergne… Et avec un package doté du moteur Renault, d’une boite de vitesses et d’un KERS (enfin !) estampillés Red Bull, tous les espoirs sont permis.
De bonne augure pour les premiers points de l’histoire de l’écurie en 2012, objectif avoué de Caterham cette saison.

La F1 est-elle capable d’apprendre de ses erreurs ?

La F1 a échappé au ridicule en Malaisie. Comme c’est le cas depuis 2001, le formula one circus se déplace à Sepang en pleine période de mousson. Comme c’est le cas depuis 2009, le départ est donné en fin d’après-midi, peu de temps avant le crépuscule. Comme ce fut le cas en 2009, la course a été arrêtée au drapeau rouge du fait des intempéries. Au contraire de 2009, la course a finalement pu reprendre son cours mais la supposée catégorie reine du sport auto a frôlé la fumisterie.
A l’heure où Bernie Ecclestone déclare que l’avenir de la F1 n’est plus en Europe, faute de spectateurs, il y a un fond d’ironie à observer que la la discipline se force à courir aux antipodes tout en retardant l’horaire des départs pour satisfaire le public…européen ! En témoignent l’Australie, Singapour, et consort… Et que, au passage, les tribunes ne sont sans doute pas aussi remplies en Malaisie qu’en Belgique (loin de là !). Les autorités sportives feront-elles preuve de sagesse en changeant la date du GP de Malaisiepour un créneau plus tardif dans le calendrier ? L’heure initiale du départ de la course sera t-elle rétablie à l’avenir ? Rien n’est moins sûr…

Risible. Vous avez oublié de passer à l'heure d'été ce weekend ? Pas grave, la F1 a retardé son départ de près d'une heure !





Alonso sort la tête de l’eau – Course – Grand Prix de Malaisie

27 03 2012

Les conditions météorologiques dantesques ont eu raison des prévisions de Radio Paddock dimanche dernier, pour la deuxième manche de la saison. Le duel pour la victoire ne s’est en effet pas circonscrit à un mano a mano entre Jenson Button et Sebastian Vettel, mais a viré en une improbable bataille entre Fernando Alonso le revenant, et Sergio Perez la jeune tête brulée !

Faux départ

Il s’en est fallu de peu que ce GP de Malaisie connaisse la même issue funeste qu’en 2009, lorsque la direction de course avait pris la décision de mettre fin à l’épreuve en raison de pluies torrentielles et de la tombée de la nuit. En effet, les 24 acteurs de ce 63e championnat du monde de F1 prenaient un premier départ sous un ciel plus que menaçant et optaient tous pour les pneus intermédiaires, au vue de certaines portions de la piste qui étaient détrempées. Une fois les feux éteints, la grille s’ébroua sans trop d’encombres ni de modifications dans la hiérarchie, hormis un aquaplaning de Romain Grosjean qui ne pouvait éviter Michael Schumacher. Course terminée pour le Français, et course lapidaire, comme la semaine dernière.

Pressentant à juste titre une dégradation rapide des conditions météos, Perez était alors le premier à rejoindre les pits pour chausser des pneus pluies et ce, dès le premier tour. Les plus entêtés restaient en piste jusqu’au 5e tour, perdant un temps considérable avant de se résigner à monter des pneus pluies alors que les trombes d’eau qui s’abattaient sur le circuit se faisaient de plus en plus fortes. Le mal était fait, cette mousson qui dura quelques dizaines de minutes provoquant la sortie du safety car, puis le déploiement du drapeau rouge, qui gelèrent subitement la hiérarchie. Il en résulta un classement provisoire assez baroque. Perez tirait en effet profit de son ravitaillement visionnaire pour se hisser en 3e position, juste derrière les deux McLaren qui avaient réussi à conserver in extremis leur suprématie.

A l’inverse du pilote mexicain, le Français Jean-Éric Vergne, en s’obstinant à ne pas changer de gommes, grappillait de nombreuses positions pour rattraper son retard des qualifications. Parti 18e, le natif de Pontoise se retrouvait ainsi en 7e position lors de la suspension de la course au 9e tour. Les stratégies du Français et du Mexicain, diamétralement opposées, avaient comme dénominateur commun leur bonne réussite respective. La plus grosse surprise venait quant à elle du pilote HRT Narain Karthikeyan qui, au gré des diverses tactiques employées par les équipes, se retrouvait à une surprenante 10e place.

Un air de déjà vu. Le GP de Malaisie avait déjà connu une mésaventure similaire en 2009.

La direction de course voit rouge

La grille se voyait donc plonger dans une longue torpeur qui dura pas moins de cinquante minutes. Le départ du GP de Malaisie étant depuis quelques années retardé afin de satisfaire les téléspectateurs européens, des doutes commencèrent à apparaitre au fil des minutes concernant la possibilité d’un nouveau départ, le ciel malaisien s’assombrissant et le crépuscule approchant.

Finalement, les conditions s’améliorèrent, et un nouveau départ fut donné sous le régime de la voiture de sécurité, afin que les pilotes puissent se faire une idée concrète des conditions de course. Au 14e tour, l’état de la piste étant jugé satisfaisant et continuant de s’assécher, la voiture de sécurité regagna les stands pour laisser les 23 pilotes rescapés s’expliquer.

Très vite, la majorité du plateau rentra aux stands afin de monter des jeux d’intermédiaires, plus adaptés à la surface de la piste. Button fut le plus prompt dans cet exercice, mais ressortit en plein trafic et percuta l’arrière de la HRT de Karthikeyan. Après course, l’Anglais faisait son mea culpa : ‘J’avais des difficultés à faire monter mes intermédiaires en température. A l’approche d’un virage, j’ai bloqué les freins, l’arrière de la mono s’est dérobé et j’ai finalement tiré tout droit et percuté Narain. Cet accrochage est de ma faute’. Reste que le pensionnaire de McLaren se voyait contraint d’opérer un nouveau ravitaillement afin de remédier aux dommages qu’avait subis la MP4-27.

Alonso et Perez faisaient eux aussi partie des premiers pilotes à stopper pour chausser des intermédiaires et bénéficiaient de cette incartade entre Button et Karthikeyan, ainsi que du long arrêt de Lewis Hamilton pour se retrouver respectivement 1er et 2e de la course. Dès lors le décorum de cette fin de course était dressé : le pilote Ferrari et le pilote Sauber allaient se livrer à une impitoyable lutte pour la victoire.

Sale temps pour les favoris

De 7.7 secondes au 30e tour, l’écart entre l’Espagnol et le Mexicain chuta à 3 secondes au 41e passage devant les stands. L’empoignade se poursuivi jusqu’à ce qu’Alonso se décide à effectuer son dernier pit-stop pour chausser des pneus slicks. Perez lui emboitait le pas le tour suivant, mais manquait de caler en repartant de son emplacement. De plus, le Mexicain, ayant mal appréhendé la localisation de la bonne trajectoire dans le premier virage, souffrit d’un gros sous-virage qui le metta d’emblée en difficulté. L’écart venait de repasser à 4 secondes.

Rattrapes moi si tu peux. Alonso a fait jouer son expérience pour remporter son duel face à Perez.

En réalité, le pilote Sauber aurait du patienter une boucle supplémentaire pour entreprendre son dernier arrêt, et claquer des tours ultrarapides alors qu’Alonso piétinait dans ce court laps de temps avec des slicks alors à basse température. Cela lui aurait permis de passer le pilote Ferrari « dans les stands » lors de son ultime arrêt. Peu importe : Perez repartait le couteau entre les dents afin de refaire une fois de plus son retard sur la Ferrari. Revenu à 1 seconde au 49e tour, le pilote Sauber, en délicatesse avec ses pneus avant, fut victime d’une erreur de jeunesse, voyant sa monture se rebeller au passage d’un vibreur, et se retrouva de fait à la dérive sur la partie sale du tracé pour finir complétement hors trajectoire.

Beau geste. Perez pourrait-il briguer le baquet de Massa plus tôt que prévu ?

Le Mexicain venait de perdre toute chance de victoire ce dimanche mais procurait à Sauber son meilleur résultat en 20 ans d’existence.
Derrière les deux belligérants, Hamilton voyait le scenario australien se répéter. Le Britannique, parti comme la semaine dernière en pole, terminait sa course une nouvelle fois sur la plus petite marche du podium. Mark Webber héritait quant à lui de la 4e place, après que son coéquipier Sebastian Vettel ai subi une crevaison faisant suite à une touchette avec la HRT de Karthikeyan (cette fois-ci, la faute incombait bien au pilote indien). Kimi Raïkkonën arrachait lui la 5e place, et aurait même pu viser plus haut s’il n’avait pas fait l’objet d’une sanction de 5 places de pénalité sur la grille. Sa performance est d’autant plus impressionnante que le KERS « d’Iceman » ne fonctionnait plus du fait des intempéries.

Ce n'est pas Donington, mais ça y ressemble. Bruno Senna a réalisé une très belle remontée sous la pluie.

En 6e place, Bruno Senna marque quant à lui les premiers points de Williams-Renault cette saison et, un accrochage en début de course avec son équipier Pastor Maldonado mis à part, le neveu d’Ayrton a réalisé une course de premier ordre en Malaisie, opérant de nombreux dépassements, notamment sur les pilotes Force India et Mercedes, pour obtenir le meilleur résultat de toute sa carrière. Les Force India parvenaient quant à elles à finir toutes deux dans les points (Paul di Resta 7e, Nico Hülkenberg 9e), Vergne venant jouer les troubles fêtes en 8e position pour marquer ses premiers points dans la discipline.

Chez Mercedes, les flèches d’argent ne pouvaient que constater les dégâts dus à une usure une nouvelle fois prématurée des pneumatiques, Rosberg terminant à une anonyme 13e place, et Schumacher parvenant à ramener tant bien que mal un minuscule point. Vettel pour sa part finissait sa course hors des points en raison de sa crevaison, ainsi que Button qui ne sera jamais parvenu à refaire son retard concédé lors de son changement d’aileron avant. Felipe Massa quant à lui n’était que l’ombre de lui-même, ramenant la seconde Ferrari à une 15e place incompréhensible après avoir bataillé avec les Caterham. Maldonado de son côté ne pouvait que se mordre les doigts après un second abandon consécutif dans le dernier tour de course, cette fois-ci du à une casse moteur. Enfin, le Français Charles Pic prenait la 20e place sur une Marussia qui ne pouvait de toute façon lui permettre de prétendre à un meilleur classement.

Meilleur tour : Kimi Raïkkönen, Lotus, 1:40.722





Feu vert pour les bleus ?

2 11 2011

Les mercatos se suivent et ne se ressemblent pas en Formule 1, au plus grand bonheur des Français. En effet, l’hexagone a du se résigner ces dernières années à voir le plateau F1 déserté par les tricolores, mais la situation est bien différente cette saison.

Ainsi, ils sont quatre pilotes français à être sur les rangs afin de décrocher un contrat pour 2012. Si Romain Grosjean s’avère le plus légitime avec le titre GP2 Series en poche, les bonnes performances de Jean-Éric Vergne et de Jules Bianchi dans leurs catégories respectives, ainsi que le rapprochement entre Charles Pic et Marussia Virgin Racing sont autant d’espoirs de voir très prochainement un pilote français se glisser dans le baquet d’une F1.

La situation sur le marché des transferts

Partira, partira pas ? L'avenir de Sutil pourrait bien redistribuer les cartes.

Une chose est sûr : le marché des transferts est d’ores et déjà clôturé pour ce qui est des quatre top teams. En réalité, celui-ci n’a jamais réellement débuté. Si des doutes ont un certain temps plané sur l’avenir de Mark Webber, Felipe Massa et Michael Schumacher, ceux-ci se sont évaporés et on a finalement assisté à la reconduction de l’intégralité des contrats du haut de tableau.

Dans le peloton, Sauber et Team Lotus ont eux aussi confirmé leur line-up pour 2012, qui demeureront inchangés. Par ailleurs, Williams devrait officialiser sous peu le retour de Kimi Räikkönen en lieu et place de Rubens Barrichello, apparemment démotivé et dont les récents résultats ne plaident pas en sa faveur. Force India devrait quant à elle indiquer le chemin de la sortie à Adrian Sutil pour titulariser Nico Hülkenberg, dont la fin de saison 2010 fut très prometteuse (pole au Brésil à bord d’une Williams et dans des conditions difficiles), mais qui du s’effacer devant les dollars de Pastor Maldonado et de son sponsor titre PDVSA.

Kubica, accidenté en Février dernier, constitue la clé des transferts pour 2012.

Ceci posé, il ne reste donc que quatre écuries susceptibles de présenter des opportunités : Renault, dont les choix reposent essentiellement sur la capacité ou non de Robert Kubica à recouvrir de ses blessures occasionnées par un terrible accident en Rallye en Février dernier. Toro Rosso, qui pourrait une nouvelle fois céder à la tentation d’installer dans l’une de ses monoplaces l’un des poulains du Red Bull Junior Team, mais aussi et surtout Marussia Virgin Racing et HRT, dont le silence radio laisse place à de nombreuses tractations.

Le jeux des chaises musicales est donc loin d’être terminé, bien au contraire, et nos tricolores occupent une place de choix dans cette folle cavalcade automnale. Revue des forces françaises en présence.

ROMAIN GROSJEAN

Et dire que le pilote franco-suisse aurait pu tout laisser tomber fin 2009 à la suite d’une expérience peu concluante en F1 avec Renault…c’était sans compter sa force de caractère et sa capacité à se remettre en question. Ainsi, depuis ces deux dernières années et son éviction de l’écurie au Losange, Romain a réussi dans toutes les disciplines dans lesquelles il s’est engagé : champion en Auto GP avec DAMS en 2010 après un passage en championnat du monde FIA GT1, titré en GP2 Asia Series, il a remporté les GP2 Series à proprement parler cette saison, toujours avec DAMS.

Non content de jouir d’un très bon palmarès, il peut en outre se targuer d’avoir suppléé Nick Heidfeld au poste de pilote essayeur officiel Pirelli, et donc de détenir une expérience non-négligeable des enveloppes transalpines. De plus, son aventure passée en F1, bien que décevante, ne peut que jouer en sa faveur à une période où les écuries rechignent à recruter des pilotes inexpérimentés en raison d’essais privés réduits à peau de chagrin (« rookies tests » en Novembre + 3×3 jours d’essais courant Février, soit en tout et pour tout douze jours de roulage).

Dans le mur. Le bref passage de Romain en F1, chez Renault en 2009, fut tout sauf un succès.

On ne peut en effet lui tenir rigueur de ses résultats lors de sa première apparition en F1, chez Renault en 2009 : Romain du remplacer au pied levé Nelson Piquet Junior en cours de saison sans avoir pu s’entrainer au préalable, se retrouvant coéquipier de Fernando Alonso (rien que ça !), à bord de la rétive R29. Ajoutés à cela les troubles et l’incertitude de l’époque concernant le futur de l’écurie, en raison du scandale du Singapour Gate, et vous obtenez un mélange bien peu propice à la sérénité, surtout pour un nouveau pilote. ‘Ce fut une période inadéquate pour mettre son talent à l’épreuve,’ concède Éric Boullier, directeur de Lotus Renault Grand Prix (LRGP), qui connait bien Grosjean pour avoir dirigé DAMS jusqu’en 2009.

Grosjean et Boullier se connaissent bien depuis l'époque DAMS.

Des signes encourageants semblent indiquer que LRGP pourrait proposer un volant à Romain pour 2012 : l’écurie, depuis le crash de Robert Kubica en Février dernier, s’est retrouvée dépourvue de leader capable de dynamiser la structure et d’aider au bon développement de la R31 : Vitaly Petrov, en dépit de progrès indéniables, ne fait pas figure de messie et tient plus son baquet de par ses soutiens financiers que de par son talent naturel. Passées les premières courses de la saison et l’avantage d’avoir été l’unique pilote essayeur Pirelli durant l’hiver 2010-11, Nick Heidfeld a par la suite marqué le pas et semble à présent au crépuscule de sa carrière. Bruno Senna quant à lui ne détient pas encore un pedigree suffisant pour s’affirmer totalement dans l’équipe et ce, malgré l’injection de capitaux dans la structure par le biais d’un groupe d’investissement brésilien. Grosjean pourrait donc apporter ce surplus de confiance en soi qui manque terriblement à LRGP.

D’ailleurs, les faits récents ne trompent pas : l’officialisation du champion GP2 en titre pour les FP1 des GP d’Abou Dabi (à la place de Senna) et du Brésil (à la place de Petrov), témoigne d’une incertitude sur le duo de pilotes LRGP 2012. En effet, si les deux pilotes titulaires actuels manquent encore d’expérience selon les dires mêmes de la direction du team (Éric Boullier excluait encore début Octobre une possible intervention de Romain les vendredis de GP), il aurait mieux fallu leur réserver l’intégralité des séances d’essais lors de ces deux GP. On peut donc logiquement se demander si le vent ne tourne pas et si ces deux apparitions ne constitueront pas en réalité de véritables évaluations en vue d’une titularisation pour 2012, auquel cas Senna devra laisser sa place au pilote français (Petrov semblant à l’abri de par l’appui de ses sponsors).

L'empereur Romain. Grosjean fut impérial cette saison en GP2.

Pour ce qui est de Kubica, en dépit de son bon rétablissement, son docteur, Riccardo Ceccarelli, n’envisage pas un retour avant quelques mois encore, n’autorisant le Polonais qu’à effectuer des tests en simulateur pour le moment. Le timing semble donc bien trop serré, d’autant plus qu’Éric Boullier veut une réponse définitive sur le retour ou non du Polonais courant Novembre. La faculté même de Kubica de retrouver sa pointe de vitesse après ce grave accident peut être remise en question, d’autant plus si on se réfère à la situation de Felipe Massa, dont la verve et l’agressivité semblent s’être émoussées depuis sa mésaventure au GP de Hongrie 2009 (le Brésilien fut touché à la tête par un ressort échappé de la Brawn de son compatriote Barrichello et fut éloigné des circuits plusieurs mois durant).

Conclusion

Tous les éléments semblent donc converger vers une titularisation en 2012 chez LRGP aux côtés de Vitaly Petrov. Romain détient la légitimité d’un titre GP2, l’expérience des pneus Pirelli, et connait déjà le fonctionnement du team, s’entendant à merveille avec Éric Boullier pour avoir déjà travaillé avec lui durant la période DAMS. Kubica ne semble lui pas en mesure d’être prêt à temps pour le début de la nouvelle saison. Seule une récupération à marche forcée (peu probable) de ce dernier, ou une pression de la part du groupe d’investissement brésilien en faveur de Bruno Senna ou de Rubens Barrichello (qui sera sans doute libéré de chez Williams et représenterait ce pilote expérimenté que LRGP recherche tant) pourrait changer la donne. Il ne reste plus à Romain qu’à passer avec succès le cap des essais libres d’Abou Dabi et d’Interlagos, pour pouvoir s’assurer définitivement un baquet en F1.

JEAN-ERIC VERGNE

Le natif de Pontoise a été le premier pilote français à rouler un vendredi matin. Ce fut à Yeongam, lors du GP de Corée, sur une Toro Rosso et sous une pluie diluvienne. Malgré ces conditions dantesques, « JEV » signa un probant 13e temps et put rentrer chez lui, le sentiment du travail accompli. Jean-Éric fait partie depuis 2008 du Red Bull Junior Team, vivier de jeunes pilotes qui a notamment vu l’éclosion de nombreux talents tels que Sébastien Buemi, Jaime Alguersuari, Daniel Ricciardo, mais aussi et surtout Sebastian Vettel. S’il est avéré que Red Bull donne des ailes, JEV a quant à lui été pris sous l’aile de Red Bull, ce qui lui assure un avenir quasi-certain en F1 à plus ou moins long terme…pour peu qu’il obtienne des résultats dans les différentes catégories menant à la F1.

Vergne est le seul Français à ce jour à avoir décroché le titre en F3 anglaise.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Vergne a répondu parfaitement aux attentes de son tuteur pour l’instant : premier Français vainqueur du championnat de F3 anglaise en 2010, il remplaça en cours de saison Brendon Hartlay – un autre produit 100% Red Bull, plus décevant cette fois-ci – en World Series by Renault 3.5, avant de composter son ticket pour un premier bout d’essai en F1, lors des rookies tests à Abou Dabi fin 2010, déjà sur Toro Rosso. En 2011, le frenchie reprit du service en WSR 3.5, pour une saison complète cette fois-ci. En dépit d’une campagne réussie (il a terminé au titre honorifique de vice-champion), il n’est pas parvenu à prendre l’ascendant sur son coéquipier canadien Robert Wickens, chez Carlin Motorsport.

Vergne aurait sans doute préféré la même issue pour ce France-Canada automobile que lors de la coupe du monde de rugby.

Cela ne l’a pas empêché de participer à la FP1 à Yeongam, participation qui laisse entendre que l’un des deux vacataires actuels de Toro Rosso, Jaime Alguersuari et Sébastien Buemi, pourrait se retrouver sur la sellette l’année prochaine. Buemi est sans doute le fusible le plus susceptible de sauter, car ces récentes performances ont été en deçà de celles de son équipier espagnol, qui jouit en outre de l’appui financier du groupe pétrolier ibérique Cepsa, sponsorisant le team depuis le GP d’Italie. Preuve en est que Buemi est dans le collimateur de STR : c’est bien lui qui cédera sa place à JEV pour les deux prochaines FP1 à Abou Dabi et au Brésil, fait d’autant plus révélateur que cette pratique n’a pas cours dans d’autres écuries. LRGP par exemple alternera entre Senna et Petrov pour laisser le volant à Romain Grosjean. Il est vrai que l’équipe de Faenza avait depuis longtemps annoncé sa volonté de tester l’un des pilotes de la filière Red Bull, au détriment du pilote qui aurait inscrit le moins de points à l’issue du GP d’Inde. A ce jeu là, le Suisse s’est malheureusement vu distancé assez nettement par Alguersuari (26 points contre 15).

Cependant, Daniel Ricciardo, autre pilote sous contrat Red Bull, pourrait très bien briguer lui aussi le second baquet de Toro Rosso. L’Australien, titularisé chez HRT depuis Silverstone, détient en effet une plus forte expérience en GP que JEV et pourrait espérait monter en grade l’année prochaine chez la petite sœur de Red Bull. Mais l’affaire est loin d’être conclue : Ricciardo n’a pas particulièrement impressionné face à Tonio Liuzzi chez HRT, Liuzzi n’ayant lui-même pas convaincu ses employeurs. En outre, le contrat Red Bull de Ricciardo expire à la fin de l’année, de quoi représenter une fenêtre de tir pour Vergne.

JEV a réalisé le 13e temps lors de la FP1 du GP de Corée.

Conclusion

JEV a de véritables chances d’effectuer ses débuts en F1 chez Toro Rosso la saison prochaine, aux côtés de Jaime Alguersuari. Le Français détient en effet la pleine confiance de Red Bull, comme le montre son travail dans le simulateur de Milton Keynes courant Septembre, qui a permit au taureau rouge d’avoir les bons réglages pour encorner ses adversaires à Singapour, ainsi que sa participation aux rookies tests à Abou Dabi, le weekend du 15 au 17 Novembre. L’entrée en F1 de Vergne reste néanmoins suspendue à la décision de Red Bull de remercier Buemi et de ne pas bombarder Ricciardo pilote titulaire Toro Rosso. A défaut d’une place en 2012, Jean-Éric pourra se concentrer sur le titre WSR 3.5 et convoiter une place dans l’écurie pour 2013.

JULES BIANCHI

Il est des pires situations pour un pilote que d’être managé par le fils du président de la Fédération Internationale de l’Automobile (FIA), et d’appartenir au club des jeunes espoirs de la marque la plus prestigieuse des sports mécaniques. C’est le contexte dans lequel évolue Jules Bianchi, « coaché » par Nicolas Todt (qui gère les carrières de Felipe Massa et de Sébastien Bourdais, excusé du peu), fils de Jean Todt, actuel président de la FIA et ancien maitre d’œuvre de la Scuderia Ferrari. Le jeune français est de surcroit rattaché à la Ferrari Driver Academy, organe qui a pondu quelques jeunes loups tel que Sergio Perez.

C’est sur ces solides bases que Bianchi s’est aligné aux rookies tests de fin 2009 au volant d’une Ferrari, après avoir signé un contrat de pilote d’essais au service du cheval cabré. Dès lors, on aurait pu penser qu’avec un tel soutien son avenir était tout tracé et que les échelons à gravir jusqu’à la F1 ne serait que simple formalité. Il n’en fut rien. Promu en GP2 en 2010, Jules est allé de Charybde en Scylla, voyant sa saison émaillée d’accrochages et de disqualifications, avec en point d’orgue une blessure lors de la manche magyare, qui lui a valu plusieurs semaines à l’hôpital.

Néanmoins, le poulain du Cavallino Rampante a bien progressé en 2011 et s’est vu convié à un test comparatif au milieu du mois de Septembre à Fiorano face à Perez, à bord d’une F-2009. Le Français a finalement prit le dessus sur le Mexicain de près d’une demi-seconde et a reçu les louanges de tout le landerneau  de la F1 et plus particulièrement de la gestione sportiva.

Une épée de Damoclès au dessus de la tête. Est-ce la pression de Ferrari ? Toujours est-il que Bianchi peine à concrétiser en GP2.

Il n’en demeure pas moins que Jules doit encore faire ses preuves en GP2 et ambitionner de décrocher le titre en 2012. Car si on a longtemps vu le Français s’aligner auprès de Perez chez Sauber (moteur Ferrari aidant), en lieu et place de Kamui Kobayashi, Peter Sauber a finalement confirmé ses deux recrues actuelles pour le prochain exercice. L’horizon n’est pas plus éclairci chez Ferrari, où le contrat de Massa court jusqu’à fin 2012. Et même à cette échéance, il est probable que la Scuderia optera pour un pilote chevronné pour seconder Fernando Alonso, ou à défaut recrutera Sergio Perez, qui pourra alors justifier de deux années d’expérience en grand prix.

En attendant, Jules devra davantage convaincre ses pairs en GP2. La presse allemande, et plus précisément Autobild a annoncé, en marge du GP d’Inde, l’établissement futur d’un contrat de 3e pilote chez Force India. Cette fuite corroborerait l’hypothèse de la promotion de Nico Hülkenberg à un poste de titulaire au sein de l’écurie indienne ainsi que le limogeage d’Adrian Sutil, mais cela signifierait surtout davantage de temps de roulage pour le Français les vendredis matins.

Conclusion

Un baquet en F1 pour 2012 semble difficilement envisageable, et surtout prématuré. Jules devra d’abord se rassurer en GP2 en tentant de glaner le titre et engranger un maximum d’expérience avec Force India si les rumeurs de contrat s’avèrent fondées, auquel cas le tricolore pourra prétendre à la F1 à l’horizon 2013, sans doute chez Sauber à la place de Kobayashi, du fait des affinités entre Ferrari et l’écurie suisse.

CHARLES PIC

Charles Pic est sans doute le pilote français le plus inattendu de ce quatuor, et pourtant il est peut-être le mieux placé pour obtenir un volant pour la saison prochaine. Le jeune homme vient d’achever sa deuxième saison en GP2 et a fait sensation en finissant à la 4e place du championnat cette année. Outre ses bons résultats, Charles est soutenu financièrement par le Groupe Charles André (GCA), compagnie leader dans la logistique et le transport en Europe, qui appartient à sa famille. Le groupe exerce dans une multitude d’autres domaines qui touchent aussi bien aux hôtels qu’à la construction. L’entreprise familiale s’est d’ailleurs fait connaitre dans le monde de l’automobile pour être spécialisée dans le convoyage des produits Elf.

Pic a de plus signé en 2011 avec Lagardère Unlimited, qui s’occupera à présent de la gestion de sa carrière. La firme s’est ainsi assurée le concours d’Olivier Panis afin de manager Charles et le conseiller au mieux dans son ascension vers la F1. Ironie du sort, Panis avait intégré la F1 en 1994 en partie grâce au GCA, qui constituait à l’époque le sponsor principal de l’équipe de F3 (Winfield) du Grenoblois. Panis et Pic se sont de fait lancer dans une vaste campagne de prospection dans le paddock du GP du Japon afin de sonder les différentes équipes et dénicher d’éventuelles opportunités, entamant des pourparlers avec de nombreuses écuries, au rang desquelles : Team Lotus, Williams et Marussia Virgin Racing.

Tout le monde derrière Pic ! Le pilote français détient de nombreux soutiens, financier et managérial.

Cette dernière représente l’hypothèse la plus plausible, car Team Lotus vient de confirmer pour une année supplémentaire son duo de pilotes 2012, et Williams devrait accueillir le revenant Kimi Räikkönen l’année prochaine, aux côtés de Pastor Maldonado. Il était aussi prévu que Pic prenne part aux rookies tests de Novembre avec Toro Rosso, mais cette dernière a semble t-il coupé court à la relation. Le Français frappe donc à la porte de Marussia Virgin Racing, qui pourrait congédier Jérôme d’Ambrosio et se laisser séduire par les arguments financier et managérial de Pic.

Conclusion

Marussia Virgin Racing est une petite équipe, et comme tous les petits Poucet elle subit plus fortement que d’autres les effets de la crise économique. La lanterne rouge du championnat 2010 pourrait donc engager Pic en raison de ses atouts financiers, passant l’éponge sur son relatif manque d’expérience. On pourrait penser à tort que le Français se situe dans une situation idéale, mais Marussia Virgin Racing pourrait tout aussi bien se tourner vers Adrian Sutil (si l’Allemand se révèle être en partance de Force India), plus expérimenté et soutenu par le groupe Medion. L’équipe se retrouverait alors avec un tandem 100% germanique (Sutil et Timo Glock), propice à la rentrée de capitaux frais dans la structure.








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