Bilan des deux premiers GP de la saison – Débriefing – Grand Prix d’Australie et Grand Prix de Malaisie

9 04 2012

Soyons clair : le début de cette nouvelle saison tient toutes ses promesses et augure d’un championnat riche en rebondissements. En effet, si d’un point de vue hiérarchique McLaren semble avoir mis un terme à l’hégémonie de Red Bull, Lotus, Mercedes, Sauber et Williams ne sont pas en reste et promettent d’animer le peloton cette année. En outre, 2012 sera l’année des révélations : sportive avec un Sergio Perez tout feux tout flamme qui est en train « d’exploser » chez Sauber, mais aussi technique, avec la (ré-)introduction du F-duct (et W-duct) de Mercedes, tant controversés. Rapport des forces en présence suite aux deux premières courses du championnat.

McLaren : l’art n’est pas mort !

Difficile de tirer des conclusions précises à ce stade de la saison. Le constat le plus évident, et peut-être le plus rassurant, consiste dans la relative supériorité des McLaren-Mercedes. En effet, l’écurie de Woking, qui a choisi sciemment de naviguer à contre-courant en refusant la philosophie des « marches » sur le museau des voitures, a tout simplement réalisé un carton plein en qualifications sur les deux premières épreuves, en monopolisant à chaque fois la première ligne de la grille.
Jenson Button, après avoir décroché une très belle victoire en Australie, aurait tout aussi bien pu viser le même résultat à Sepang s’il n’avait pas croisé le chemin de Narain Karthikeyan. Le Britannique avait en effet, comme cela est en train de devenir une habitude désormais, réussi à dénicher la bonne stratégie dans des conditions météorologiques très changeantes. Malheureusement, son incartade avec le pilote indien l’a relégué en dehors des points, mais au vue de la bonne forme de la MP4-27 et des nouveaux pneus Pirelli à « haute dégradation », on peut estimer que ce n’est que partie remise.

Sans cet accrochage stupide avec Karthikeyan, Button aurait pu prétendre à la victoire à Sepang.

De l’autre côté du garage McLaren, Lewis Hamilton témoigne toujours d’une pointe de vitesse exceptionnelle et d’un sens de l’attaque particulièrement aiguisé en qualifications. Las, cet avantage sur un tour se métamorphose en inconvénient le dimanche avec les nouveaux Pirelli, souffrant du pilotage agressif de l’Anglais. Ce dernier doit encore progresser sur cet aspect capital des courses modernes et parvenir à remobiliser l’équipe autour de lui, comme ce fut le cas à ses débuts en 2007/08/09. S’il n’y parvenait pas, nul doute que la tentation d’aller voir si l’herbe est plus verte  ailleurs en 2013 se fera ressentir…

Red Bull : une première banderille pour le taureau rouge

Il s’agit là de la première zone d’incertitude de ce début de saison. Après la suprématie des taureaux de Milton Keynes en 2010 et 2011, on savait que cette nouvelle saison allait être le témoin d’une corrida acharnée. Et après les GP d’Australie et de Malaisie, il semble bien que les toréadors soient parvenus à faire mettre un genou à terre à l’écurie double championne du monde en titre. Mais attention : une bête blessée reste toujours dangereuse.

Le coup de chaud de Kuala Lampur a quelque peu refroidi les prétentions de Vettel en ce début de saison.

Red Bull semble souffrir en ce début de saison de l’interdiction du diffuseur soufflé, autrefois apanage et fierté d’Adrian Newey. Cependant, la belle remontée de Sebastian Vettel en Australie, où il se fit un chemin depuis la 6e place jusqu’à la deuxième marche du podium, ainsi que sa superbe qualification, en pneus durs en Malaisie, soulignent que l’Allemand est disposé à remettre l’ouvrage sur le métier et que sa voiture, si elle n’est peut-être pas la F1 ultra-dominatrice des deux dernières saisons, sera à n’en pas douter dans le coup cette année.
Il sera intéressant de voir la réaction de Vettel après ce début de championnat quelque peu laborieux, et d’observer plus particulièrement son comportement dans des conditions difficiles et dans un environnement très concurrentiel. On a souvent entendu dire que Vettel ne détenait aucun mérite à voguer vers la victoire en partant tranquillement depuis la pole position à chaque GP. Celui-ci se voit offrir une opportunité de tordre le cou à ces préjugés. Il doit pour cela continuer à souder l’équipe autour de lui et regagner son sang-froid, c’est à dire en n’adoptant pas de réactions disproportionnées lorsque un grain de sable vient troubler son plan de marche. En effet, l’Allemand ne doit pas réitérer ses agressions verbales observées envers Karthikeyan suite à l’accrochage qui a ruiné la course en Malaisie, et se reconcentrer pour remédier au plus vite aux petits problèmes que rencontre le châssis de la RB8.

Ferrari : l’arbre qui cache la forêt

On n’aimerait pas se retrouver dans la position actuelle des membres de l’équipe Ferrari : une disette de titre constructeurs depuis 2008, et de titre pilote depuis 2007 et le sacre de Kimi Raïkkönen ! Aberrant pour une marque aussi prestigieuse et jouissant de moyens financiers et techniques à nul autre pareil. La restructuration de l’équipe entamée avec le limogeage du directeur technique Aldo Costa au profit de Pat Fry, en provenance de McLaren, n’a pas encore porté ses fruits et le cheval cabré semble même s’être totalement fourvoyé en s’obstinant à adopter une philosophie radicale pour la conception de la F2012.
Cependant, les premiers résultats de la saison, quel qu’ils soient, doivent être pris avec des pincettes. En effet, la contre-performance enregistrée en Australie, sur un circuit pour le moins atypique et non représentatif de la plupart des tracés, et la victoire de Kuala Lampur, glanée dans des conditions météos versatiles, ne permettent pas de se faire une idée exacte de la véritable valeur du nouveau pur-sang de Maranello. Les saisons passées, les monoplaces rouges souffraient d’un sous-viragechronique qui déséquilibrait la voiture.

'La victoire ne change rien,' a déclaré un Fernando Alonso réaliste au soir du GP de Malaisie.

Or, avec les nouvelles réglementations 2012 conférant aux nouvelles voitures une propension au sur-virage, on pourrait penser que la nouvelle Ferrari ai trouvé un nouvel équilibre naturel, et que les déclarations du staff italien, estimant ne pouvoir viser le titre cette année, ne soit que de l’intox et une façon d’avancer masqué. A voir. Reste qu’entre le GP de Malaisie et le GP de Chine, la Scuderia dispose de trois bonnes semaines pour phosphorer et apporter des premières améliorations sur la voiture.
Après tout, pour une équipe supposée être « à la rue », Ferrari et surtout son pilote numéro 1 Fernando Alonso ont plus que sauvé les meubles : l’Espagnol trône en tête du classement pilotes et la Rossa occupe la 3e place du championnat constructeur, à 20 longueurs de McLaren et à 7 petits sésames de Red Bull.

Mercedes : le talon d’Achille : les pneus

En termes de vitesse pure, la firme à l’étoile a opéré un bond en avant indéniable cette année. En qualifications, les flèches d’argent représentent sans doute à l’heure actuelle la deuxième force du plateau, grâce à l’implémentation d’un nouvel F-duct « passif », qui permet, en actionnant le DRS (Drag Reduction System), de libérer deux petites canalisations situées à l’intérieur de l’aileron arrière afin de rediriger le flux d’air sur l’avant de la monoplace et de caler/stabiliser l’aileron avant et réduire par conséquent  les turbulences à la sortie de celui-ci.

Le F-duct "passif" est-il légal ? Réponse définitive au GP de Chine.

Cependant, en course la Mercedes W03 souffre d’un grave problème au niveau des pneus. En effet, la monoplace argentée est extrêmement gourmande et exigeante vis-à-vis des nouvelles gommes Pirelli. Par conséquent, les Mercedes connaissent une chute mirobolante de leur performance entre les qualifications et la course. Un seul point grappillé lors des deux premières manches et une 9e place au championnat constructeurs absolument pas représentative des capacités tacites de la W03
Au moins les axes d’amélioration sont clairs pour l’écurie de Brackley lors de cette trêve de trois semaines. Cependant, il ne faut pas occulter les remarquables performances de Michael Schumacher, qui a renvoyé à deux reprises en deux séances de qualif’ son équipier Nico Rosberg à ses chères études. Le septuple champion du monde semble avoir trouvé une seconde jeunesse, et il est vraiment dommage que sa course ait été écourtée à Melbourne en raison d’un problème de boite de vitesses, et que sa course malaisienne soit compromise suite à un accident avec Romain Grosjean.
En somme, si Mercedes parvient d’ici Shanghai à pallier à ses problèmes de pneus, ses problèmes mécaniques et ne soient pas l’objet d’accrochages stupides, alors tous les espoirs seront permis, y compris ceux de podiums et de victoires

Lotus : tout à gagner

Encore une zone d’ombre. Personne n’oserait dire que la nouvelle Lotus n’est pas dans le coup cette saison, mais comme c’est le cas pour d’autres écuries, l’équipe d’Enstone a peiné à concrétiser en résultats tangibles ses belles prestations en qualifications. Les 3e et 5e places de Grosjean lors des deux premières séances de qualif’ semblent démontrer que Lotus F1 Team se partage le titre honorifique de 3e force du plateau avec Mercedes. Mais là encore, nous ne parlons que de classement virtuel, car en course le pilote français n’a jamais pu couvrir plus de deux tours. Difficile donc de connaitre la véritable valeur de la voiture sur toute une course, même si Romain assure que des podiums réguliers représentent des objectifs réalistes.

A contresens. Grosjean a fait preuve d'une grande célérité pour son retour, mais a aussi souvent confondu vitesse et précipitation.

Dans le même ordre d’idée, Raïkkönen aurait-il pu se battre pour le podium en Australie et en Malaisie s’il n’avait pas été pénalisé lors de ses deux séances de qualifications ? Et s’il n’aurait pas fait l’objet d’un KERS défaillant en Malaisie et de problèmes de direction récurrents sur la Lotus ? Une perte de temps dans les stands en Australie l’a empêché de boucler un tour pour se hisser en Q2 et une pénalité de 5 places sur la grille en Malaisie, suite à un changement de boite de vitesses, ont compromis les courses d’Iceman, en dépit de belles remontées dans les deux cas. On a hâte de voir le résultat lorsque Grosjean ne commettra pas d’impairs et que Raïkkönen débutera un GP à une place réellement représentative de sa pointe de vitesse.
De nouveaux enseignements arriveront peut-être plus tôt que prévue, dès le GP de Chine par exemple…

Le retour de  la théorie du complot…

L’erreur de Sergio Perez alors que celui-ci talonnait Fernando Alonso à six tours du drapeau à damier du GP de Malaisie a fait couler beaucoup d’encre. Et pour cause : des suspicions sont d’emblée apparues quant à la véritable volonté de l’écurie helvétique d’aller chercher la première place au détriment de son fournisseur de moteurs… Ferrari, d’autant plus que le Mexicain venait de recevoir un message radio équivoque : Checo [surnom donné à Sergio Perez, NDLR], fais attention, nous avons besoin de ce résultat’. La lumière ne sera jamais faite sur cette affaire, mais ce scénario demeure peu probable à l’heure où le cheval cabré ne joue pas le titre. De plus, le fait que Perez et Sauber échouent à la deuxième place semble davantage le fait d’une succession de petites erreurs de « débutant ».

La course était déjà perdue pour Sauber avant l'erreur du Mexicain au 50e tour.

Rappelons-nous que le pilote mexicain n’en est qu’à sa seconde saison en F1 et que l’équipe suisse, en dépit d’une présence sur la grille proche de 20 ans, ne s’était jamais retrouvée en position de jouer la gagne. Face au double champion du monde Fernando Alonso et à l’équipe chevronnée du Cavallino Rampante, cela représentent des déficits d’expérience considérables.
Sergio Perez n’a en effet pas perdu le GP au moment de son écart de trajectoire : une première erreur a été produite lors de son changement de pneus au 41e tour. Le Mexicain avait alors le choix entre deux options gagnantes : soit rentrer plus tôt qu’Alonso pour chausser des slicks et claquer des tours ultra-rapides alors que l’Espagnol voyait ses intermédiaires partir en déconfiture sur une piste s’asséchant, soit à l’inverse retarder d’un tour supplémentaire son pit-stop afin de bénéficier de l’avantage de pneus à température alors qu’Alonso devait lui s’employer à chauffer ses slicksSauber a finalement opté pour une stratégie conservatrice qu’on ne pourra lui reprocher au regard de son manque d’expérience. L’écurie suisse a en effet choisi une 3e option, médiane mais surtout de « suiveuse », s’empressant de faire rentrer Perez un tour après Alonso, calquant sa stratégie, avec un temps de retard, sur la Scuderia.
Deux autres erreurs, toujours dans les stands : des problèmes d’embrayage lorsque la C31 a été relâchée de son emplacement, puis un premier virage mal négocié par le Mexicain, qui lui ont valu de précieuses secondes. Pour finir, pourquoi avoir envoyé un message codé à Perez alors que les consignes de course ont été  ré-autorisées récemment ? Ce message ne devait pas signifier une interdiction de dépasser la Ferrari, mais simplement de redoubler de vigilance sur une piste piégeuse alors que Sauber se dirigeait vers le meilleur résultat de son histoire.

Massa dans le rouge ?

Rien ne va plus pour le Brésilien : distancé en Australie en raison de problèmes de châssis, Massa n’a été que l’ombre de lui-même en Malaisie alors que son équipier Alonso triomphait des éléments pour conquérir une victoire inespérée au volant de la rétive F2012. Cette fois-ci, la faute incombait aux pneus Pirelli. Si la Scuderia fait front avec le natif de Sao Paulo devant les média, de nombreuses questions se font jour quant à la capacité du Brésilien à terminer sa saison chez Ferrari. Effectivement, alors que Felipe galérait en queue de peloton avec les Caterham, Perez, issu de la filière des jeunes pilotes Ferrari est-il nécessaire de le rappeler, menait la vie dure à Alonso. Comme un contraste… et tout cela sur une « modeste » Sauber.

Massa doit faire face à de nombreuses critiques en ce début de saison.

2012  pourrait donc donner lieu à un véritable shootout contre le pilote brésilien, qui officie au sein de la Rossa depuis 2006. La volonté de Ferrari de rafraichir son line-up, et l’opportunité de tester Jules Bianchi (bientôt un quatrième pilote français en F1 ?) en conditions de course chez Sauber, si Perez venait à être promu pilote Ferrari, constituent des arguments suffisant pour justifier le renvoi de Felipe Massa.
Néanmoins, il est probable que la Scuderia attende d’abord une réaction de son second pilote à la suite du break de trois semaines qui sépare le GP de Malaisie du GP de Chine. De même, le possible remerciement de Massa représenterait ni plus ni moins une rupture abusive de contrat, et nuirait à la stabilité de l’équipe, ce dont Ferrari se passerait bien à l’heure où ses performances implicites sont en berne. Il semble évident que Felipe n’effectuera pas une huitième saison en rouge, mais si le Brésilien parvient à redresser la barre durant les prochaines courses, il pourra alors envisager d’aller au bout de son engagement avec le Cavallino Rampante.

Ça bouge dans le peloton

Passées les têtes d’affiche, d’autres bonnes surprises sont à signaler en ce début de saison. Williams tout d’abord, qui a fait montre d’une bonne pointe de vitesse, par exemple lorsque Maldonado a suivi sans aucun mal la Ferrari d’Alonso durant de nombreux tours sur l’Albert Park, ou bien lorsque Bruno Senna est remonté des tréfonds de la grille jusqu’à une probante 6e place en Malaisie. Il est simplement dommage que Maldonado ai du abandonner à un tour du but lors des deux GP, en raison d’une erreur de pilotage en Australie, puis d’une casse moteur à Sepang. Les résultats de l’écurie de Grove laissent apparaitre en filigrane une dynamique positive, tout autre que celle observée en 2011, où Williams n’avait inscrit que 5 points au championnat constructeurs. Il n’aura fallu en effet que deux courses en 2012 pour que l’équipe anglaise dépasse son score de l’an passé…Tout est dit.

Caterham et Williams semblent avoir revu leurs objectifs respectifs à la hausse cette saison.

Plus bas dans la hiérarchie, Caterham commence à toucher les fruits de son travail en s’approchant très clairement du ventre mou du peloton. Ainsi, Heikki Kovalainen a réalisé en Malaisie un tour de qualification situé à seulement trois dixièmes de Jean-Éric Vergne… Et avec un package doté du moteur Renault, d’une boite de vitesses et d’un KERS (enfin !) estampillés Red Bull, tous les espoirs sont permis.
De bonne augure pour les premiers points de l’histoire de l’écurie en 2012, objectif avoué de Caterham cette saison.

La F1 est-elle capable d’apprendre de ses erreurs ?

La F1 a échappé au ridicule en Malaisie. Comme c’est le cas depuis 2001, le formula one circus se déplace à Sepang en pleine période de mousson. Comme c’est le cas depuis 2009, le départ est donné en fin d’après-midi, peu de temps avant le crépuscule. Comme ce fut le cas en 2009, la course a été arrêtée au drapeau rouge du fait des intempéries. Au contraire de 2009, la course a finalement pu reprendre son cours mais la supposée catégorie reine du sport auto a frôlé la fumisterie.
A l’heure où Bernie Ecclestone déclare que l’avenir de la F1 n’est plus en Europe, faute de spectateurs, il y a un fond d’ironie à observer que la la discipline se force à courir aux antipodes tout en retardant l’horaire des départs pour satisfaire le public…européen ! En témoignent l’Australie, Singapour, et consort… Et que, au passage, les tribunes ne sont sans doute pas aussi remplies en Malaisie qu’en Belgique (loin de là !). Les autorités sportives feront-elles preuve de sagesse en changeant la date du GP de Malaisiepour un créneau plus tardif dans le calendrier ? L’heure initiale du départ de la course sera t-elle rétablie à l’avenir ? Rien n’est moins sûr…

Risible. Vous avez oublié de passer à l'heure d'été ce weekend ? Pas grave, la F1 a retardé son départ de près d'une heure !





Alonso sort la tête de l’eau – Course – Grand Prix de Malaisie

27 03 2012

Les conditions météorologiques dantesques ont eu raison des prévisions de Radio Paddock dimanche dernier, pour la deuxième manche de la saison. Le duel pour la victoire ne s’est en effet pas circonscrit à un mano a mano entre Jenson Button et Sebastian Vettel, mais a viré en une improbable bataille entre Fernando Alonso le revenant, et Sergio Perez la jeune tête brulée !

Faux départ

Il s’en est fallu de peu que ce GP de Malaisie connaisse la même issue funeste qu’en 2009, lorsque la direction de course avait pris la décision de mettre fin à l’épreuve en raison de pluies torrentielles et de la tombée de la nuit. En effet, les 24 acteurs de ce 63e championnat du monde de F1 prenaient un premier départ sous un ciel plus que menaçant et optaient tous pour les pneus intermédiaires, au vue de certaines portions de la piste qui étaient détrempées. Une fois les feux éteints, la grille s’ébroua sans trop d’encombres ni de modifications dans la hiérarchie, hormis un aquaplaning de Romain Grosjean qui ne pouvait éviter Michael Schumacher. Course terminée pour le Français, et course lapidaire, comme la semaine dernière.

Pressentant à juste titre une dégradation rapide des conditions météos, Perez était alors le premier à rejoindre les pits pour chausser des pneus pluies et ce, dès le premier tour. Les plus entêtés restaient en piste jusqu’au 5e tour, perdant un temps considérable avant de se résigner à monter des pneus pluies alors que les trombes d’eau qui s’abattaient sur le circuit se faisaient de plus en plus fortes. Le mal était fait, cette mousson qui dura quelques dizaines de minutes provoquant la sortie du safety car, puis le déploiement du drapeau rouge, qui gelèrent subitement la hiérarchie. Il en résulta un classement provisoire assez baroque. Perez tirait en effet profit de son ravitaillement visionnaire pour se hisser en 3e position, juste derrière les deux McLaren qui avaient réussi à conserver in extremis leur suprématie.

A l’inverse du pilote mexicain, le Français Jean-Éric Vergne, en s’obstinant à ne pas changer de gommes, grappillait de nombreuses positions pour rattraper son retard des qualifications. Parti 18e, le natif de Pontoise se retrouvait ainsi en 7e position lors de la suspension de la course au 9e tour. Les stratégies du Français et du Mexicain, diamétralement opposées, avaient comme dénominateur commun leur bonne réussite respective. La plus grosse surprise venait quant à elle du pilote HRT Narain Karthikeyan qui, au gré des diverses tactiques employées par les équipes, se retrouvait à une surprenante 10e place.

Un air de déjà vu. Le GP de Malaisie avait déjà connu une mésaventure similaire en 2009.

La direction de course voit rouge

La grille se voyait donc plonger dans une longue torpeur qui dura pas moins de cinquante minutes. Le départ du GP de Malaisie étant depuis quelques années retardé afin de satisfaire les téléspectateurs européens, des doutes commencèrent à apparaitre au fil des minutes concernant la possibilité d’un nouveau départ, le ciel malaisien s’assombrissant et le crépuscule approchant.

Finalement, les conditions s’améliorèrent, et un nouveau départ fut donné sous le régime de la voiture de sécurité, afin que les pilotes puissent se faire une idée concrète des conditions de course. Au 14e tour, l’état de la piste étant jugé satisfaisant et continuant de s’assécher, la voiture de sécurité regagna les stands pour laisser les 23 pilotes rescapés s’expliquer.

Très vite, la majorité du plateau rentra aux stands afin de monter des jeux d’intermédiaires, plus adaptés à la surface de la piste. Button fut le plus prompt dans cet exercice, mais ressortit en plein trafic et percuta l’arrière de la HRT de Karthikeyan. Après course, l’Anglais faisait son mea culpa : ‘J’avais des difficultés à faire monter mes intermédiaires en température. A l’approche d’un virage, j’ai bloqué les freins, l’arrière de la mono s’est dérobé et j’ai finalement tiré tout droit et percuté Narain. Cet accrochage est de ma faute’. Reste que le pensionnaire de McLaren se voyait contraint d’opérer un nouveau ravitaillement afin de remédier aux dommages qu’avait subis la MP4-27.

Alonso et Perez faisaient eux aussi partie des premiers pilotes à stopper pour chausser des intermédiaires et bénéficiaient de cette incartade entre Button et Karthikeyan, ainsi que du long arrêt de Lewis Hamilton pour se retrouver respectivement 1er et 2e de la course. Dès lors le décorum de cette fin de course était dressé : le pilote Ferrari et le pilote Sauber allaient se livrer à une impitoyable lutte pour la victoire.

Sale temps pour les favoris

De 7.7 secondes au 30e tour, l’écart entre l’Espagnol et le Mexicain chuta à 3 secondes au 41e passage devant les stands. L’empoignade se poursuivi jusqu’à ce qu’Alonso se décide à effectuer son dernier pit-stop pour chausser des pneus slicks. Perez lui emboitait le pas le tour suivant, mais manquait de caler en repartant de son emplacement. De plus, le Mexicain, ayant mal appréhendé la localisation de la bonne trajectoire dans le premier virage, souffrit d’un gros sous-virage qui le metta d’emblée en difficulté. L’écart venait de repasser à 4 secondes.

Rattrapes moi si tu peux. Alonso a fait jouer son expérience pour remporter son duel face à Perez.

En réalité, le pilote Sauber aurait du patienter une boucle supplémentaire pour entreprendre son dernier arrêt, et claquer des tours ultrarapides alors qu’Alonso piétinait dans ce court laps de temps avec des slicks alors à basse température. Cela lui aurait permis de passer le pilote Ferrari « dans les stands » lors de son ultime arrêt. Peu importe : Perez repartait le couteau entre les dents afin de refaire une fois de plus son retard sur la Ferrari. Revenu à 1 seconde au 49e tour, le pilote Sauber, en délicatesse avec ses pneus avant, fut victime d’une erreur de jeunesse, voyant sa monture se rebeller au passage d’un vibreur, et se retrouva de fait à la dérive sur la partie sale du tracé pour finir complétement hors trajectoire.

Beau geste. Perez pourrait-il briguer le baquet de Massa plus tôt que prévu ?

Le Mexicain venait de perdre toute chance de victoire ce dimanche mais procurait à Sauber son meilleur résultat en 20 ans d’existence.
Derrière les deux belligérants, Hamilton voyait le scenario australien se répéter. Le Britannique, parti comme la semaine dernière en pole, terminait sa course une nouvelle fois sur la plus petite marche du podium. Mark Webber héritait quant à lui de la 4e place, après que son coéquipier Sebastian Vettel ai subi une crevaison faisant suite à une touchette avec la HRT de Karthikeyan (cette fois-ci, la faute incombait bien au pilote indien). Kimi Raïkkonën arrachait lui la 5e place, et aurait même pu viser plus haut s’il n’avait pas fait l’objet d’une sanction de 5 places de pénalité sur la grille. Sa performance est d’autant plus impressionnante que le KERS « d’Iceman » ne fonctionnait plus du fait des intempéries.

Ce n'est pas Donington, mais ça y ressemble. Bruno Senna a réalisé une très belle remontée sous la pluie.

En 6e place, Bruno Senna marque quant à lui les premiers points de Williams-Renault cette saison et, un accrochage en début de course avec son équipier Pastor Maldonado mis à part, le neveu d’Ayrton a réalisé une course de premier ordre en Malaisie, opérant de nombreux dépassements, notamment sur les pilotes Force India et Mercedes, pour obtenir le meilleur résultat de toute sa carrière. Les Force India parvenaient quant à elles à finir toutes deux dans les points (Paul di Resta 7e, Nico Hülkenberg 9e), Vergne venant jouer les troubles fêtes en 8e position pour marquer ses premiers points dans la discipline.

Chez Mercedes, les flèches d’argent ne pouvaient que constater les dégâts dus à une usure une nouvelle fois prématurée des pneumatiques, Rosberg terminant à une anonyme 13e place, et Schumacher parvenant à ramener tant bien que mal un minuscule point. Vettel pour sa part finissait sa course hors des points en raison de sa crevaison, ainsi que Button qui ne sera jamais parvenu à refaire son retard concédé lors de son changement d’aileron avant. Felipe Massa quant à lui n’était que l’ombre de lui-même, ramenant la seconde Ferrari à une 15e place incompréhensible après avoir bataillé avec les Caterham. Maldonado de son côté ne pouvait que se mordre les doigts après un second abandon consécutif dans le dernier tour de course, cette fois-ci du à une casse moteur. Enfin, le Français Charles Pic prenait la 20e place sur une Marussia qui ne pouvait de toute façon lui permettre de prétendre à un meilleur classement.

Meilleur tour : Kimi Raïkkönen, Lotus, 1:40.722








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